ciel_amourOn connait la très belle phrase prononcée par saint Jean de la Croix : « Là où il n’y a pas d’amour, mettez de l’amour et vous récolterez de l’amour… Au soir de la vie, nous serons jugés sur l’amour ». Cette phrase fait écho à de nombreux passages que l’on trouve dans les évangiles dans lesquels Jésus affirme la primauté de l’amour sur tout le reste. Quand on lui demande quel est le plus grand des commandements, Jésus parle, non pas de loi ou de règle ou de dogme, il parle d’amour : « Tu aimerais le Seigneur (…) Tu aimeras ton prochain » (Matthieu 22:36-39). On peut prendre de nombreux autres exemples, les passages les plus profonds se trouvent dans saint Jean, lorsque Jésus s’adresse pour la dernière fois à ses apôtres : « Ceci est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus bel amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15:12-13).

Mais pour paraphraser Pilate, je pourrais demander à Jésus : « Mais qu’est-ce que l’amour ? » Ce vague sentiment qui me fait aller vers l’autre lorsque j’ai besoin de lui ? Ce sentiment amoureux, prompt à renverser les montagnes – je t’aime pour la vie – mais qui peut s’évanouir en quelques instants – on ne s’aime plus, alors on s’est séparé.

Aimer son prochain, soit. Je vois à peu près de quoi il en retourne. Mais aimer Dieu ? Comment aimer Dieu ? En respectant ses commandements ? Oui, condition nécessaire, Jésus nous l’a dit. On ne peut prétendre aimer Dieu si on ment, si on vole, si on triche, si on trompe. Mais est-ce suffisant ? Est-ce que respecter les commandements de Dieu à la lettre, dont le respect des règles qui en découlent – celles de l’Église – suffit-il ? Assurément non. « Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas? » (1 Jean 4:20). Et saint Paul d’ajouter, dans une de ses formules qui tiennent du miracle : « Si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1 Co 13:2). Mais alors, si j’aime bien mon prochain, c’est tout bon. Et si je n’aime pas vraiment Dieu, est-ce que c’est bon aussi ?

Non, le plus grand enseignement de Jésus, c’est qu’il n’y a aucune différence entre l’amour à porter à Dieu et celui à porter aux hommes, nos frères. Rien. Pas la moindre différence. L’un ne s’oppose pas à l’autre. L’un se vit avec l’autre.

Comme la simplicité de Dieu peut créer des complications dans mon cœur limité ! Je crois aimer Dieu, mais je vois bien que du côté de mon prochain, je pèche un peu. Alors ? Dois-je me désoler ? Car pourtant, j’aide mon prochain, parfois, enfin de temps en temps, quand j’ai le temps, quand je peux. Mais comme on ne peut tout faire, je pense moins à Dieu en ces moments-là. Alors ?

Je dois arrêter de me triturer l’esprit. Jésus ne souhaite pas, pas plus à moi qu’à vous, que je sois accablé sous le fardeau. Non, il prend la peine de m’expliquer. Je dois donc lire et relire l’évangile de ce jour, en cette fête du Christ-Roi, de Matthieu, au chapitre 25, versets 31 à 46 : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; nu, et vous m’avez vêtu; j’ai été malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi.« 

Super, mais je fais tout ça moi, alors j’ai bon ? Non mon ami, car notre Maître a ajouté : « En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.« 

Voilà, faire ne suffit pas. Il s’agit aussi de ne pas « ne pas faire ».

Voilà l’exigence de l’évangile. Il n’y en a pas d’autres. Aimer, aimer et encore aimer. Même mal, même avec mes limites. Malgré mes peurs, malgré mes égoïsmes, malgré mes propres fardeaux.

Aimer, parce qu' »au soir de [ma] vie, je serai jugé sur l’amour« .