photo_calepinsDérégulation – Le PDG de Virgin a annoncé la semaine dernière qu’il allait mettre en oeuvre une nouvelle façon de gérer les congés dans son entreprise, ou plutôt qu’il allait mettre en place l’absence de gestion puisque les employés auront bientôt la possibilité de prendre autant de congés qu’ils le souhaitent. Super! se disent certains, d’autant plus qu’il n’y a pas d’autre contrepartie que celle de faire son boulot en temps et en heure. Très alléchant donc, très moderne aussi – n’est-ce pas ? – en ces temps où l’on nous explique que le code du travail est une entrave à l’emploi, voire même au plein emploi. L’idée n’est apparemment pas nouvelle et cela ne se passe pas (encore) en France. Mais qu’un patron aussi influent que Richard Branson la remette au premier plan n’est sans doute pas anodin. Une seule condition : « être sûrs à 100% de pouvoir néanmoins tenir les délais de leurs projets et de ne pas nuire par leur absence aux affaires, et donc à leur carrière. » Outre que cette condition ne peut s’appliquer qu’à certains types de contrat (on imagine mal qu’une caissière de supermarché ou un ouvrier sur une chaîne de montage puisse partir quand ils veulent), il s’agit une liberté que je qualifierai d’auto-régulatrice. Car en réalité, dès qu’on parle de projets, de quoi parle-t-on ? De dérives de planning, de contraintes calendaires imposées par le client et, de plus en plus, de projets vendus en tirant au maximum sur les prix, c’est-à-dire in fine sur le nombre de ressources humaines affectées au projet. Et donc, en général, les projets prennent du retard parce que la charge a été (volontairement ou pas) sous-estimée. Allez ensuite croire que vous pourrez prendre 8 ou 10 semaines de congés par an !

Vie privée – Big Brother est là, chaque jour un peu plus présent. Les avancées technologiques semblent sans limite, tant celles d’aujourd’hui semblent pouvoir être dépassées dans quelques années ou décennies. Ce n’est pas nouveau. On pouvait être tracé à partir de nos chèques. Ce fut ensuite encore plus facile avec l’essor de la carte bancaire. Et le listing de nos dépenses fait avec l’une de ces cartes dit déjà beaucoup de notre vie : la date, l’heure, le lieu quand nous avons effectué tel ou tel achat. Idem quand les premiers téléphones mobiles sont apparus. Et les bandits en fuite savent très bien qu’ils ne doivent pas utiliser leur portable s’ils veulent rester discrets. Le nouveau téléphone d’Apple, dont l’engouement montre que la crise ne frappe pas tout le monde – combine à merveille tout cela puisqu’il parait qu’on pourra payer avec son portable et qu’il parait que ce sera très bien. Mais l’enjeu pour Apple – et j’imagine Amazon, Google et autres multinationales – est ailleurs. Il est dans le marché gigantesque des données sanitaires. Oh je sais, on vous présente le dernier joujou comme émminemment ludique : savoir le nombre de pas faits dans la journée, vos périodes d’inactivité, le nombre de marches montées ou descendues, etc. Bien sûr, ces données-là, Apple s’en fiche. Enfin presque. Parce que couplées à des données comme la fréquence cardiaque ou le nombre de calories dépensées, on pourra définir très facilement votre profil. Imaginez ce que votre mutuelle pourrait faire avec tout cela. Ou votre compagnie d’assurance. Ou votre banque. Ou votre employeur. Certes, Apple jure – croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer – que ces données sont les vôtres, qu’elles ne seront jamais diffusées sans votre accord. Admettons (à condition que leurs serveurs ne soient pas piratés un jour). Mais si c’était vous qui consentiez à les livrer ces données ? Parce qu’on vous dira que c’est cool. Parce qu’on vous donnera un peu d’argent. Oui, pourquoi pas ? D’ailleurs, il parait que 43% des français l’envisagent.

Servir – Une vie paroissiale, c’est plein de bonnes volontés. Reconnaissons que c’est parfois un peu pesant. Non pas la bonne volonté en elle-même, mais cette façon de vouloir montrer à tout prix qu’on est plus serviable que l’autre et qu’on met bien en pratique la Parole de Dieu. Cela m’agace de voir certaines bonnes âmes se sentir propriétaires de leur service. Et je n’imaginais pas à quel point le curé d’une paroisse doit passer du temps à être le médiateur entre ces gens plein de bonne volonté, mais si prompts à se crêper le chignon pour être le premier à servir. Oh ! je ne leur jette pas la pierre car je sais bien où me conduirait ma tendance naturelle si je ne luttais pas de toutes mes forces contre cette tentation de vouloir faire le bien qui se voit. Au détriment de celui qui ne voit pas.