canonisation-jean-paulII-jeanXXIIIJ’ai appris hier avec une certaine stupéfaction que Paul VI pourrait être béatifié à l’automne prochain. J’étais déjà un peu circonspect après les effusions du week-end dernier, mais là, j’avoue ne pas être tout à fait à l’aise devant cet empressement à canoniser à tout-va.

Loin de moi l’idée de contester l’idée même de canoniser quelqu’un, ni même celle de canoniser un pape. C’est plutôt la méthode, ce qu’elle implique et ce qu’elle induit, qui m’incite à poser quelques réserves.

Etre saint

Etre saint est la vocation de tout chrétien et cela a été réaffirmé par le concile Vatican II. Faut-il rappeler qu’être déclaré saint ne suppose pas que la personne eut une vie parfaite du début à la fin, ce qui, somme toute, nous (moi le premier chers lecteurs) laisse encore toutes mes chances. L’Église déclare sainte une personne dont la vie est édifiante, qui nous montre l’exemple et nous aide à nous rapprocher de Dieu. L’Église considère aussi l’importance de l’intercession des saints auprès du Père : « Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté (…). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (…). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité » [1]

La canonisation

La canonisation est un acte d’autorité de l’Église qui reconnait que la personne est réellement sainte et vit (au ciel) en pleine communion avec Dieu. Cet acte engage de facto l’infaillibilité de l’Église et du pape qui la prononce. Elle fait suite à un procès qui se déroule en plusieurs étapes faisant passer la personne du statut de Vénérable, à Bienheureuse, puis Sainte. Je vous renvoie à cet billet intéressant de S. Lemessin sur ces étapes. La vie de la personne est étudiée et les miracles qui auraient été effectués par son intercession sont bien entendu étudiés soigneusement. Il faut un miracle authentifié pour la béatification, deux pour la canonisation.

Je ne conteste aucunement que Jean-Paul II et Jean XXIII sont réellement saints. Plusieurs voix se sont fait entendre pour critiquer Jean-Paul II (c’est bien lui qui capte l’essentiel des regards). On peut faire, sans aucun doute, bien des reproches à l’homme. On peut aussi en faire au pape qu’il fut. Mais on peut et doit aussi avoir de l’admiration pour ce qu’il fut, pour ce qu’il a apporté. Et, plus important encore, en tant que catholique romain, je m’incline devant la décision de l’Église.

Quelques réserves malgré tout

Et pourtant, cette double canonisation m’a laissé un peu sur le côté. Et quand on voit la joie qui a transporté certains – joie que je considère comme tout à fait sincère – je me suis inévitablement posé quelques questions. Deviendrais-je comme ces ronchons, jamais content, incapable de se réjouir devant ce que l’Église nous offre de plus beau : la sanctification ?

En fait, je regrette une chose : que l’Église donne autant dans la précipitation. Alors que les règles des procès en béatification et en canonisation sont claires et précises, pourquoi avoir cru bon de les alléger pour canoniser Jean-Paul II et Jean XXIII ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir attendu les 5 ans prévus pour béatifier Jean-Paul II ? Pourquoi la canonisation de Jean XXIII a-t-elle été dispensée d’un deuxième miracle ? Pourquoi ce sentiment, renforcé suite à l’annonce de la béatification de Paul VI, que l’Église cherche à canoniser ses chefs (je dis bien chef car l’ambiguïté de la canonisation d’un pape, c’est que l’on canonise non plus seulement un homme, mais aussi celui qui a été le chef de l’Église pendant un certain temps) ?

En agissant ainsi, j’ai surtout le sentiment que la dimension politique prend le pas sur le reste, qu’il faut absolument montrer au monde que l’Église est encore vivante, qu’elle est encore là, qu’elle existe, y compris (surtout ?) sur le terrain de la communication. L’Église est contestée en plusieurs endroits du monde, notamment en Europe. On comprend son souci de vouloir réoccuper l’espace perdu. La personnalité exceptionnelle de Jean-Paul II, l’attachement et le souvenir que les fidèles en avaient, garantissaient un succès spirituel et médiatique de la béatification et de la canonisation. Il est évident que la canonisation seule de Jean XXIII n’aurait pas permis de rassembler 800.000 personnes à Rome, pas plus que ne le permettra celle de Paul VI.

Je comprends tout cela et il est bien naturel au fond que le Vatican ait cherché à surfer sur la vague. Mais, en ayant enfreint les règles édictées par elle-même, alors qu’elle reste intransigeante sur d’autres, l’Église m’est apparue finalement plus faible que ce qu’elle a voulu montrer. La précipitation et les petits arrangements sont des signes du monde, non ? Ce monde que l’Église doit pourtant édifier et porter vers le haut. Alors que le pape François nous invite à aller à la périphérie, ces deux canonisations m’ont semblé être plutôt mâtinées de narcissisme.

Humaine, trop humaine, l’Église ? Oui, assurément. Elle se sent fragile et fragilisée. Je ressens qu’elle a besoin de se rassurer sur elle-même. Je ne lui en veux pas, et au fond, c’est aussi pour cela que je l’aime !

 

 

  1. §956 du Catéchisme de l’Eglise Catholique http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P25.HTM []