Je vous propose une rapide recension de 2 livres sur saint François d’Assise. J’ai lu le Vauchez en premier, il y a quelques temps déjà. Puis les éditions Flammarion m’ont contacté pour me proposer de lire et de parler du livre écrit par Jacques Duquesne. A ce propos, je vous renvoie à une petite surprise qui vous attend en fin de billet. Je suis d’autant plus heureux de cette proposition tant ces deux livres sont complémentaires l’un de l’autre.

Saint François, de Jacques Duquesne

saint_francois_DuquesneCe livre, publié donc aux éditions Flammarion, est sorti à l’occasion du premier anniversaire de l’élection du pape François, dont le choix de nom a remis en lumière le grand saint du Moyen Age. Le livre est préfacé par Jacques Le Goff, historien renommé du Moyen Age, qui vient de disparaître récemment.

Le livre de Duquesne, qui a beaucoup écrit sur Jésus, entre dans la catégorie dite des Beaux livres. Il comprend donc une belle et exhaustive iconographie permettant d’appréhender les différentes représentations de François, au cours des différentes étapes de sa vie. Jacques Duquesne propose une courte biographie de saint François et, si je la compare au livre de Vauchez, elle est complète et tous les épisodes et faits marquants de la vie de François sont relatés.

La vie de François est exceptionnelle à bien des égards. Fils de bonne famille, vivant plutôt dans opulence et l’insouciance de la jeunesse dorée d’Assise, plutôt belliqueux à l’égard des Pérugiens voisins, François se convertit en quelques temps après avoir été au contact des pauvres. On raconte aussi qu’une rencontre avec un lépreux, dont il baisa la main, fut déterminante : « Quand j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable, mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je les soignai avec compassion. Et quand je les quittai, ce qui m’avait semblé amer s’était changé pour moi en douceur, pour l’esprit et pour le corps. »

François décida alors de se séparer de toute richesse, indigné par la pauvreté. Rapidement, quelques personnes le rejoignent et constituèrent la première forme de la fraternitas. Dès lors, l’essor sera constant, le nombre de frère augmentant de manière significative – ils étaient plusieurs milliers à la mort de saint François – ce qui ne manqua pas de poser des problèmes d’organisation. Et de fidélité aux engagements voulus par saint François. Vivre la radicalité de l’Évangile n’est pas chose facile et François lui-même se désespéra un peu de voir que l’exigence qui était la sienne ne fut pas tenue avec autant de force par ses disciples.

François, apôtre de la paix, parti pourtant en croisade et se retrouva à Damiette, dans le delta du Nil. Il voulait convertir et évangéliser. Mais ce qu’il vit de ces croisades guerrières le rendit hostile à ces épopées. C’est là néanmoins qu’il rencontra le sultan Al-Kamil qu’il essaya de convaincre de la vérité du christianisme.

De retour en Italie, François connait de nombreuses déceptions. Mais il accepte certaines déviations par rapport à la règle initiale. On citera par exemple la possession de livres, coûteux à l’époque et donc signe de richesse et de pouvoir. Mais la nécessité d’assurer aux frères une formation suffisante pour assurer les prédications lui fit accepter de lâcher du lest sur ce point. Autrement plus forte est la déception devant la 3e règle validée et acceptée par le Pape. Règle toujours en vigueur, pré-rédigée par François, mais largement expurgée de certains éléments que la Curie ne voulait pas trop mettre en avant.

François fut, semble-t-il, tenté de quitter l’Église. Mais son attachement profond à l’unité de l’Eglise, son sens viscéral des sacrements, notamment l’Eucharistie, l’inciteront à ne pas rompre avec la communauté ecclésiale. Mais François se mettra alors en retrait, vivant en ermite. Il reçut alors les stigmates du Christ lors de l’apparition d’un ange, stigmates qui furent les premiers à être reconnus le pape lors de sa canonisation (l’Eglise manifestait une certaine réserve à l’égard des stigmates).

Si l’influence de saint François sur le XIIIe siècle fut majeure, comme le montre J. Duquesne il est aussi un saint de notre temps. Comme le pape François a voulu le montrer, la figure de saint François parle bien évidemment à notre temps où la pauvreté reste un enjeu majeur, où l’Eglise doit montrer la primauté des valeurs évangéliques, où trop d’apparat et de fioriture créent des incompréhensions.

En quelques 80 pages, dans une pagination aérée, le livre de Jacques Duquesne vous donnera un bel aperçu de la vie de saint François. Son livre se termine opportunément par quelques prières de saint François dans un chapitre intitulé « Cantique du Frère Soleil et autres poésies ».

François d’Assise, d’André Vauchez

saint_francois_VauchezTout autre est le livre de Vauchez, publié aux éditions Fayard. Celui-ci est un livre d’historien : une somme de plus de 500 pages. Je le dis d’emblée : ce livre est un régal. Magnifiquement écrit, bien structuré, il va forcément bien plus loin que le Duquesne. Si vous voulez creuser la vie de saint François, c’est un des livres à lire (et dont le libraire qui me l’a vendu m’a dit qu’il fait référence).

Le livre de Vauchez met en exergue et détaille des éléments déjà évoqués précédemment. L’évangile est radical et François a voulu vivre cette radicalité. Face à un clergé médiocre et corrompu, les difficultés furent donc grandes pour François et ses frères. Comment suivre l’évangile en ne s’engageant pas totalement ? Cette interrogation qui traversa les contemporains de François est aussi celles des chrétiens d’aujourd’hui.

Sait-on que le pape Jean XXII promulgua la constitution Cum inter nonnullos dans laquelle il « y déclarait en effet hérétique l’affirmation selon laquelle le Christ et les apôtres avaient vécu dans la pauvreté absolue. (…) Ainsi, près d’un siècle après la mort de François, une de ses intuitions fondamentales était officiellement condamnée par l’Eglise romaine (…) » ?

On l’a dit plus haut, la règle de la fraternité dont cette radicalité, si difficile à suivre, était initialement la pierre d’angle, a été peu à peu atténuée au fil du temps, au grand dam de saint François. Ces déviations avec l’esprit initial devenaient inéluctables à mesure de l’augmentation du nombre des frères.

La beauté et la force de l’apostolat de François réside aussi et surtout dans la fidélité à son engagement, dans le fait que chez lui, plus que chez tout autre, les paroles et les actes ne se séparent pas.

Conclusion

Ces 2 livres ne visent clairement pas le même public. Mais tous deux vous donneront un bel aperçu – plus ou moins détaillé – de la vie de saint François. Si je dois émettre un léger regret, il réside dans l’absence d’une présentation, même succincte, de ce qu’est le franciscanisme aujourd’hui. Je comprends que ce n’est l’objet d’aucun de ces 2 livres, mais c’eut été une belle ouverture.

Lire la vie de saint François, c’est immanquablement se mettre un miroir devant les yeux et se dire : et moi, quel chrétien suis-je ? Je n’ai ni la foi, ni les grâces, ni l’humilité pour m’élever ne serait-ce qu’à la hauteur des chevilles de saint François. Mais quand même, quand je me regarde, quelle mollesse, quelle petitesse d’esprit, quelle tiédeur ! Et le paradoxe, avec lui ou d’autres saints, n’est pas finalement de faire le constat que je n’ai pas certaines capacités qui m’empêchent de suivre leur exemple, mais plutôt de constater que je ne sais me dépouiller. La grandeur de saint François, c’est d’avoir su finalement ne pas être ce jeune homme riche qui interpella Jésus et qui s’en alla tout triste parce que Jésus lui dit de vendre tous ses biens. Désespoir parfois de trop ressembler à l’un et pas assez à l’autre !

 

Saint François, de Jacques Duquesne (EAN : 9782081329898 ; Parution: 05/03/2014 ; 96 pages)

François d’Assise, d’André Vauchez, chez Fayard (EAN : 9782213618869 ; Parution : 15/04/2009 ; 576 pages)

 

Jeu-Concours

Un jeu-concours « A la découverte de Saint François », conjointement organisé avec les éditions Flammarion, est organisé à l’occasion de la publication de ce billet. Il permettra à 2 gagnants de recevoir le livre de Jacques Duquesne.

Pour jouer, c’est par ICI.

Les réponses aux questions sont à lire ICI.