KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERADepuis dimanche dernier, jour des élections européennes 2014, j’ai comme qui dirait un trop plein d’amertume.

Amertume, d’abord, par rapport au taux d’abstention. Alors, oui, je sais, l’Europe, c’est loin, c’est froid, c’est distant, et on ne peut pas dire que les partis en place aient réellement fait campagne. Au final, une participation faible, en légère hausse cependant, mais faible tout de même (43,18 %). En d’autres temps, en d’autres lieux aujourd’hui, on se bat pour pouvoir voter…

Amertume de voir une majorité de votants se réfugier dans un vote d’extrême droite. Je crierai de même si l’extrême gauche parvenait à rassembler le plus d’électeurs. Même s’il faut relativiser, notamment au regard de la participation, même si on peut être étonné de certains résultats laissant penser à un vote « défouloir » [1], cela n’augure rien de bon. On sait comment, dans un passé pas si lointain, comment le repli sur soi parce que la faute était toujours celle de l’autre, la recherche permanente de boucs émissaires,  comment le besoin d’ordre ont amené au pouvoir de tristes personnages. Je ne fustige pas les électeurs du FN. Il y a un tel ras-le-bol… Mais le FN en tête est symptomatique d’un mal profond.

Le pouvoir est aujourd’hui extrêmement affaibli. Un symbole, parmi d’autres : la déclaration télévisée du président Hollande lundi soir. Creuse, vaine, débit rapide, mots écorchés, nulle sur le fond, sur la forme et à contre-temps politique. Le silence est parfois d’or, même en ces temps de sur-médiatisation. Il me semble que Hollande n’y est plus, peut-être encore trop occupé à vadrouiller en scooter dans les rues de Paris… Seul Valls semble tenir la route, mais pour combien de temps ?

Amertume devant tous ceux qui font un procès en légitimité à Hollande à cause des 14% du PS. Et qui appellent à la dissolution de l’Assemblée Nationale. Ou à la démission du président. Qui rêvent d’un retour à la IVè République quand les gouvernements peinaient à tenir plus de 6 mois. Qui disent qu’il faut respecter les électeurs du FN, mais qui ne respectent les électeurs de 2012. Qui disent vouloir le bien de la France, mais qui veulent le chaos parce que cela servira leurs intérêts.

Et puis, bien sûr, énorme amertume devant le spectacle affligeant donné par l’UMP. La faute de DSK était une faute individuelle. Celle de Copé and co est une faute collective. La justice dira qui est responsable de quoi dans l’affaire Bygmalion. Mais franchement, comment croire que personne à l’UMP, que ce soit Copé ou Sarkozy, n’ait été conscient que le seuil des 22 M€ autorisés pour la campagne était dépassé ?

Parlons de Sarkozy ! Il parait qu’il va peut-être se présenter au congrès d’octobre, qu’il serait le seul à avoir l’étoffe. Je voudrais rappeler deux ou trois choses, car je pense que si l’UMP est dans cet état, le plus grand fautif en est Sarkozy.

D’abord, il a perdu les élections de 2012. Comme Giscard en son temps, il a du mal à l’admettre, mais la réalité est là. Aux USA, on ne revoit jamais un perdant [2], il laisse sa place à d’autres. En France, on aime les perdants, que ce soit Mitterrand ou Chirac. Sauf qu’en l’espèce, Sarkozy a déjà été élu et qu’il a été battu sur son bilan. Bilan que je trouve d’ailleurs calamiteux sur l’éthique et la façon de gouverner : le bling-bling outrancier, la mise en scène permanente, cette façon de ne penser qu’au fric, ses liens douteux avec le monde de l’argent, sa politique étrangère ont terni son mandat. On lui saura quand même gré d’avoir limité la casse au plus fort de la crise et d’avoir fait preuve de volontarisme. Sarkozy voulait une droite décomplexée, il a surtout réussi à décomplexer le vote FN.

Amertume devant le manque d’éthique personnelle de nombreux hommes politiques et qui permet au FN (dont les élus n’ont pas été exempts de tout reproche pourtant) de jouer sur du velours. Allez dans un bar, discuter avec un chauffeur de taxi, partout ce sentiment du « Tous pourris ». Tous ne le sont pas, bien sûr. Mais le sentiment que tous se protègent, par lâcheté ou par calcul, tend à mettre tout le monde dans le même sac.

Amertume, enfin, parce que j’ai du mal, là, à voir où la France va. Dans quelques jours, nous allons fêter le 70e anniversaire du débarquement en Normandie. Des hommes se sont engagés, se sont battus, certains sont morts, pour redonner à la France, défigurée par l’occupation allemande et le régime de Vichy, son vrai visage. A l’instar de ceux qui surent se lever quand la France était au plus bas, puisse enfin se lever un homme ou une femme politique qui saura redonner du souffle à ce pays qui semble épuisé et vidé de ces forces, « tant il est vrai que, face aux grands périls, le salut n’est que dans la grandeur. » [3]

  1. Dans ma région, hormis Toulouse et quelques villes alentours, le FN est quasiment 1er ou 2e partout, et il est 1er au niveau de la Haute-Garonne []
  2. Excepté Nixon je crois []
  3. Mémoires de guerre : l’appel, Charles De Gaulle []