Main ttendueAh le carême ! Redouté par certains, espéré par d’autres, ignoré par la plupart ! Et moi dans tout ça ?

Eh bien mauvaise pioche, puisque justement c’est le moi qui doit disparaître, c’est le « moi » qui doit se fondre derrière l’autre. Combien de fois me suis-je entendu me dire : « Et bien, MOI, pour le carême, J‘ai prévu de …, JE vais faire ça et … » Souci bien légitime de prendre soin de son âme, mais ce chemin qui nous ramène inévitablement vers notre nombril est-il le bon ? Est-ce que, tous autant catholiques sincères que nous sommes, ne nous trompons pas ? Est-ce que notre vanité ne prend pas irrémédiablement le pas sur toute bonne action, qu’on agite ensuite devant soi comme un miroir certes reluisant, mais déformant ?

Qui puis-je espérer pour ce énième carême ? De grandes choses, de grandes exaltations, de longues prières, de belles oraisons ? Je n’ai rien à espérer, seulement me laisser guider par mon berger, le suivre, Lui.

Ne pas me détourner quand un clochard m’interpelle.

Ne pas râler quand un enfant me dérange.

Ne pas mépriser.

Ne pas vitupérer.

Me tourner vers Dieu, c’est-à-dire vers les autres, vers mon prochain, qu’il soit riche ou pauvre, laid ou beau, propre ou sale.

Me tourner vers mon prochain, c’est-à-dire vers Dieu, car quand je saurais voir Dieu en chacun, je serais digne d’être appelé son enfant.

Être attentif, à celui qui crie et qui pleure, et à celui qui n’ose ni crier ni pleurer. A celui qui n’en peut plus.

Être et non pas avoir. Me défier de la possession. Me défier de l’emprise sur les autres. Refuser de toutes mes forces d’être celui que je ne veux pas, de faire le mal parce que je ne sais pas faire le bien.

Reculer et ne pas mettre en avant quand il s’agit de moi. Avancer et faire un pas quand il s’agit de l’autre.

Ouvrir la main plutôt que fermer le poing.

Refuser la performance. Refuser de se dire : « j’ai fait un bon carême ». Mais avancer dans la joie vers la semaine sainte, vers le jeudi de la Cène, vers le vendredi du calvaire et de la Croix, vers cette merveilleuse vigile pascale. Être avec Dieu, louer le Christ ressuscité, pleurer de joie.

Photo: Jaromama

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