Senegal1985. Je passe le bac au lycée Chaptal. Fier d’être le premier de la famille à l’obtenir. Fier d’entamer des études supérieures. Fier, innocent et naïf. Que connais-je du monde ? Si peu. 1985, il naît dans un quartier sordide de Dakar. La tribu accueille cet enfant avec joie certes, mais aussi avec un peu de désintérêt : encore une bouche à nourrir.

1997. Il a 12 ans. Sa famille, pourtant chrétienne et pratiquante, n’a pas réussi à ce qu’il soit catéchisé. Le dimanche, la messe tombe pendant le match de foot avec les copains. Pas plus assidu à la scolarité du reste, il préfère la rue, les premiers petits boulots et le foot. Il sera peut-être un grand footballeur. 1997, je me marie. Grand jour, beau jour. Celui d’un engagement à aimer toute la vie. Pour la vie.

2007. Je touche le sol africain pour la première fois. Addis-Ababa, Accra, Gaborone. Je prends l’Afrique en pleine figure, je vois la misère comme je ne l’ai jamais vu auparavant. Et j’éprouve la gentillesse malgré les difficultés, l’altruisme malgré la faim, la générosité malgré la misère. J’apprends le rire et le temps. Belle Afrique ! 2007, son père décède.

2009. L’inéluctable fuite en Europe, faute de pouvoir vivre décemment au Sénégal. Pas de travail, pas de perspectives autres que celle de vivoter toute la vie. Et puis la violence. Et puis cette étiquette de chrétien qui colle à la peau. Ce sera la France, parce qu’une cousine y est déjà. Parce que c’est la France. Parce qu’il maîtrise un peu le Français. 2009, je change de boulot. Parce que j’en ai marre. Parce que je veux plus, juste un peu plus. Parce que je me dis que je le vaux bien.

2010. Tutti va bene. Pour moi. Ma famille, mes enfants. C’est le principal, non ? What else ? Ah si ! je décide de commencer l’accompagnement des catéchumènes. 2010, sa santé se dégrade. Des douleurs intenables lui saisissent les pieds et le bas de jambes. Examens à l’hôpital, sans résultat aucun. Le soigne-t-on bien ? Comprend-il tout ? Il reste avec son mal. Et ce mal physique qui le ronge moralement. Que deviendra-t-il s’il ne peut plus travailler ? Le petit a déjà un an, le second est en route.

2011. La renaissance par l’Église. Puisque personne ne le soigne, pourquoi n’irait-il pas à l’Église ? Tous les dimanches ? Oui, tous les dimanches. Quelle idée a encore la cousine ! Mais il s’y tient. Il prie, il établit le contact avec Dieu. Le mal diminue un peu. Lui se sent déjà mieux dans sa tête. Alors il s’accroche. Le mal disparaît, tout à fait, définitivement. Il renaît. 2011, je vis quelques moments professionnels difficiles. Je fais confiance à Dieu, j’essaye d’avoir la foi. Un dixième de graine de moutarde. Et encore, ma balance a tendance à surestimer. La tempête s’éloigne, la barque poursuit son trajet à nouveau sur des flots calmes. Mais j’ai quand même réveillé Jésus.

2012. Mon père fait un infarctus. 2 arrêts cardiaques en 1 heure. Passera-t-il ce cap ? Il s’en sort, sans séquelle aucune. Je mesure mieux la chance qu’il soit encore là, et je prends conscience, au plus profond de moi, qu’il n’en sera pas toujours ainsi. Un bout de tissu se déchire au fond de moi. C’est la vie. 2012. Il veut renaître, vraiment cette fois-ci, alors il demande le baptême, parce qu’il veut être chrétien toute sa vie. Il pousse la porte du presbytère, on l’accueille. Cela durera 2 ans.

2014. Il sera baptisé lors de la vigile pascale, le 19 avril 2014. Il m’a demandé d’être son parrain. 2014, j’ai dit « oui ».