De-la-kippa-a-la-croixJean-Paul II, en disant des Juifs qu'ils étaient nos frères ainés dans la foi, m'a fait prendre conscience que les racines du christianisme se trouvaient dans le judaïsme. Cela peut paraître une évidence, mais mon éducation religieuse avait tant insisté pour m'expliquer que ce peuple était déicide, qu'il m'était difficile de prendre conscience de ce lien de foi. On ne peut comprendre bien les évangiles – et les événements vécus par Jésus, et ses réactions – sans connaître, ne serait-ce qu'a minima, l'histoire de ce peuple, d'Abraham à Jean le baptiste. Idem pour comprendre les tirraillements entre saint Paul et saint Pierre. Ou les incompréhensions des disciples qui espéraient, dans un premier temps, bien autre chose qu'une promesse de royaume céleste qui se finirait par une crucifixion.

J'ai donc lu avec un grand intérêt le témoignage d'un homme, né et élevé dans un milieu juif, qui se convertit au christianisme. Cet homme, c'est Jean-Marie Elie Setbon.

 

Une conversion lente

C'est un très beau témoignage qui montre plusieurs aspects de cette conversion, celle-ci me semblant assez atypique. Nous avons tous en mémoire les conversions foudroyantes qui retournent en quelques instants : celle de saint Paul en route pour Damas, ou celle d'André Frossard entré dans une église pour y chercher un ami. Ici, on pourrait qualifier cette conversion de lente, car même si Jean-Marc (les prénoms que lui ont donné ses parents) ressentit très jeune l'appel de Dieu, son engagement vers le baptême prit environ 30 ans. 30 ans donc d'exaltations et de doutes, de recherches et de certitudes inavouées. A la lecture de ce témoignage, je n'ai pu manquer d'y voir un aspect ô combien important de la relation de Dieu avec les hommes : Dieu est discret et patient, Il ne brusque pas.

Etre juif veut bien souvent dire vivre au sein d'une communauté plutôt fermée sur elle-même, avec assez peu d'échanges avec l'extérieur. C'est d'autant plus vrai vis-à-vis du christianisme. Et s'il est difficile de quitter son milieu, le contexte culturel et familial dans lequel vivait Jean-Marc rendit les choses encore plus difficile. Il vécut en réalité une double difficulté dans son chemin de conversion : son milieu culturel juif d'une part, et le peu d'entrain de ses parents, pas très croyants, à lui faire rencontrer Dieu, d'autre part. Jean-Marc va découvrir Dieu seul, en quelque sorte.

 

Des tiraillements

De la kippa à la Croix raconte donc l'aventure spirituelle de cet homme, attiré par la croix, qui venait en cachette de ses parents à la messe à la Basilique du Sacré-Coeur, qui cachait des prières catholiques sous son matelas, mais qui partit en Israël pour approndir sa religion, et qui deviendra un juif ultra-orthodoxe. Il se maria ensuite avec une fervente juive, union dont ils auront 7 enfants. Mais, et c'est tout le paradoxe de cette histoire, car il a une position établie et claire dans le judaïsme, il garde une attirance pour le Dieu des chrétiens et le Christ. Il est alors facile d'imaginer les tiraillements qu'il vécut.

Signe du destin, tragique bien sûr, son épouse meurt, emportée par une maladie fulgurante. Elle qui avait pressenti cette attirance étrange – en découvrant une croix et les Evangiles qu'il cachait – n'est plus là pour le rappeler à ses origines, à sa culture et à sa religion. Jean-Marc franchira alors le pas, quelques temps après. Il officialisera sa conversion et prendra comme nom de baptême Jean-Marie Elie. Mais, hormis ses enfants qui acceptent avec bienveillance cette nouvelle, ses co-réligionaires le rejettent.

C'est d'ailleurs un des points qui m'a surpris. Les Juifs (pratiquants) sont vraiment hostiles aux Chrétiens, et encore plus aux Juifs convertis. Jean-Marie Elie a d'ailleurs reçu des lettres de chantage et de menaces. Autre élément intéressant est le regard porté par Jean-Marie Elie sur ses frères chrétiens, c'est-à-dire nous, c'est-à-dire moi. Il trouve qu'il y a bien peu de fraternité entre les Chrétiens, tandis que la communauté juive fait preuve d'une grande solidarité entre ses membres (ce qui doit sans doute s'expliquer, aussi, par des raisons historiques). Il trouve aussi que les Chrétiens sont peu visibles (un des chapitres du livre s'intitule "Où sont les Chrétiens ?").

 

Un catéchumène pas comme les autres

En vue de sa préparation au baptême, Jean-Marie Elie a donc été catéchumène. Etant impliqué dans ma paroisse dans ce service, j'ai lu avec attention les pages qu'il écrit sur son parcours. J'avoue que voir arriver un catéchumène connaissant aussi bien les écritures, notamment celles de l'Ancien Testament, ayant ce parcours-là et sachant exactement ce qu'il demandait a dû donner des sueurs froides aux catéchistes ! Bien sûr, il a trouvé ce parcours trop long : il eût sans doute été judicieux, dans ce cas particulier précis, de lui proposer un parcours adapté et raccourci. Mais je ne rejoins donc pas l'auteur lorsqu'il dit qu'il faudrait raccourcir ce temps de préparation, même s'il a raison quand il fustige l'abandon que subissent les néophytes après leur baptême.

Ce livre, très rapide à lire, au-delà du témoignage, toujours émouvant, d'une conversion, éclaire les différences qu'ont les Juifs et les Chrétiens de vivre leur relation à Dieu. ai retenu cette phrase qui éclaire très bien selon les différences et les relations entre le judaïsme et le christianisme :

L'idée d'un Dieu qui m'a aimé le premier avant que j'aie fait quoi que ce soit pour Lui n'est pas familière aux Juifs, même s'Il s'est révélé par endroit dans la Bible. Dans le judaïsme, pour que Dieu m'aime, je dois appliquer à la lettre la Loi et plus je pratique la Loi plus je suis aimé de Dieu. C'est donnant donnant. D'ailleurs, il y a des chrétiens qui en sont restés à cette idée-là. Ils n'ont pas intégré la bonne nouvelle de Jésus que Dieu nous aime paternellement. Avec le Dieu chrétien, j'ai découvert un autre Dieu, un Dieu qui m'aime pour ce que je suis (…)"

 

De la kippa à la Croix, Conversion d'un Juif au Catholicisme, aux Editions Salvator.