graines-de-moutardeL'évangile de dimanche dernier citait cette fameuse parole de Jésus qui, quand ses apôtres lui demandent de leur donner la foi, leur répond :"La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait." (Lc, 17, 6)

De prime abord, on pourrait considérer que Jésus rabroue assez vertement ses apôtres. Et nous par la même occasion. À une demande légitime des apôtres, il leur répond que, pour parler franc, de foi, ils n'en ont point. Un peu dur à entendre (même si c'est vrai).

Quand j'étais plus jeune, je voulais, moi aussi, avoir LA foi, celle qui permet de déplacer des montagnes. Mais je n'ai jamais déplacé ni sommet, ni déraciné aucun arbre, ni pu éviter aucun cataclysme. Je dus admettre, bon gré mal gré, que ma prise sur le monde naturel était bien faible. Voire tout à fait inexistante.

Évidemment – mais je ne l'ai appris que plus tard  – le discours de Jésus est d'un tout autre ordre et la foi, dût-elle être aussi grosse qu'une pastèque, ne sert pas à déplacer les meubles, à faire le ménage, à supprimer les embouteillages, ou à éradiquer les catastrophes naturelles. Ce que Jésus a voulu dire et – j'insiste – sur ce qu'il me dit aujourd'hui par cette parole, c'est qu'au contraire, la foi n'est pas quantifiable, elle ne se pèse pas, elle ne se soupèse point. La foi n'est pas affaire de mesure. Pourtant combien de croyants et de pratiquants, dont je fais partie, jouent à ce jeu comptable ?

Jésus nous dit donc que la foi est hors de toute mesure, que l'homme en est si peu pourvu – imaginez-vous, moins qu'un grain de moutarde – qu'il n'imagine même pas ce qu'il pourrait faire s'il en avait. Mais finalement, ce qui compte le plus, ce n'est pas tant ce que nous pourrions faire d'une foi plus affermie, mais de savoir en qui et en quoi nous avons foi.

Et c'est là que Jésus nous interpelle. Avoir la foi pour devenir un superman, c'est le culte des idoles, que les Grecs et les Romains affectionnaient tant. Si Jésus nous demande la foi, c'est qu'il nous demande de lui faire confiance. Faire confiance, tout simplement. 

Si simple, mais que de complications, que d'encombrements sur cette route de la confiance. Pourtant, ce que j'ai ressenti fugacement dimanche dernier est si riche de promesses : si j'avais plus confiance en Dieu, si j'avais donc plus la foi en son amour miséricordieux, je ne déplacerais certes aucune montagne, mais je serais tellement plus heureux !