«Faire pleurer quelqu’un en lui disant la vérité est mieux que de le faire sourire en lui racontant un mensonge» – Paulo Coelho

leonarda_dibraniCertaines semaines voient se télescoper des événements, a priori disjoints, mais que je ne peux m'empêcher de relier.

D'abord, cette invraisemblable polémique concernant le sort d'une famille expulsée cette semaine vers le Kosovo où l'émotion se joint à la politique politicienne à la petite semaine. On sait que le ministre de l'Intérieur Manuel Valls est la cible de l'aile gauche du PS, des communistes et du front de gauche. Sans oublier celles des inénarrables membres d'EELV dont on a vu récemment que leur amour du pouvoir était supérieur à leur conviction (ce qui n'est pas leur apanage, concédons-le). Sentiment étrange donc qui voit naître le sentiment que, pour ceux-là, toute semaine qui n'a pas vu la démission de M. Valls est une semaine perdue.

Une arrestation pendant les heures d'école

Il y a donc eu une famille expulsée, comme il y en a des dizaines. La France a décidé de ne plus ouvrir à tous son territoire, a décidé que des règles de droit devaient être respectées et que, si elle doit rester accueillante, elle ne peut accueillir le monde entier. On peut le regretter. On peut aussi l'accepter en regardant la réalité en face. François Hollande n'a pas remis cette législation en cause, bien au contraire. Et les faits montrent que le gouvernement est sur cette ligne, puisque les expulsions sont en nombre équivalent à celles pratiquées durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy [1]. Oui, mais voilà, les gendarmes sont venus chercher l'une des enfants de la famille lors d'une sortie scolaire. C'est éminemment regrettable, et comme l'a mentionné le rapport de l'administration, il y eut manque de discernement (mais la lecture du rapport montre que les gendarmes ont agi avec tact et précaution). De là, les cris d'orfraie de la gauche vertueuse. Une arrestation pendant les heures d'école, ce n'est sans doute pas le mieux, ni même acceptable dans son principe. Oui, mais quand alors ? Au petit matin avant que le jour ne se lève ? Juste avant le journal de 20h pendant que l'écolier finit ses devoirs ? Ou alors après le diner ? Encore aurait-il fallu que Léonarda soit présente : "Lorsque M.GUINOT rend visite à Mme DIBRANI dans la soirée du 8 octobre, cette dernière lui  indique  que  sa  fille  Leonarda  n’est  pas  rentrée  de  l’école.  Mme  DIBRANI  en  avait également fait part à M.JEANNIN, le maire de Levier. D’après les déclarations recueillies par la mission, la jeune fille découchait régulièrement." On voit bien l'extraordinaire difficulté de faire respecter la loi dans ces cas-là et donc la difficulté des forces de l'ordre.

Bref; face à l'émotion suscitée, ceux qui savent se sont levés comme un seul homme. Les lycéens demandent le retour immédiat de Léonarda. Les artistes, telle Josiane Balasko, faisant part de leur honte d'avoir un tel gouvernement. D'autres ont osé parler de rafle. Oui, de rafle. 

Et en face, une famille dont on ne sait pas exactement le pays d'origine, dont le père a menti maintes et maintes fois aux autorités françaises, une adolescente prise au piège de la célébrité soudaine et qui traite d'égal à égal avec le chef de l'état. Et dont le rapport nous apprend que son intégration scolaire était somme toute assez relative puisque son taux d'absentéisme au collège pouvait aller jusqu'à 40% sur une année scolaire (qui comporte env. 194 journée). [2] Mensonge donc de présenter Léonarda comme une élève modèle, profitant à plein de l'intégration à la française, et à qui on brise un avenir tout tracé. Je me demande d'ailleurs comment un élève étant aussi absent – et pas seulement une année, mais au moins 3 d'affilée – peut passer en classe supérieure. Le ministre de l'Éducation, au lieu de nous en mettre de tartine avec la sanctuarisation de l'école, ferait mieux de nous instruire de ce sujet. 

Mais le clou de cette folle semaine a été planté de travers – assez magistralement, il faut bien le reconnaître – par le chef de l'état lui-même. On savait qu'il rechignait à intervenir, sentant le piège : trop rigoureux, la gauche de la gauche lui en aurait tenu rigueur, trop laxiste, et c'était les 2/3 du pays, voire plus, qui lui tombaient sur le dos. Il a donc voulu trouver une voie médiane, comme au bon vieux temps où il dirigeait le parti socialiste. Il a donc tenté de donner des gages aux uns et aux autres. En rappelant que la France est un état de droit, en confirmant que l'école est intouchable, et en voulant montrer que son coeur n'est pas de pierre. Il a donc affirmé que si Léonarda en faisait la demande, la France lui proposerait un accueil, à elle seule. Donc la solution pleine d'humanité proposée par François Hollande consiste à demander à une gamine de 15 ans de choisir entre la France et ses parents. Sans rentrer dans d'obscurs détails pratiques – comment se logera-t-elle ? comment subviendra-t-elle à ses besoins ? – on voit quelle considération Hollande a de la famille. À quoi ça sert un père et une mère ? À rien, ou si peu.

Cette pseudo-solution, qui sans doute se voulait apaisante au niveau politique [3] que , est un carnage au niveau éthique. Et à vouloir montrer qu'il pouvait faire preuve d'humanité, il n'a su trouvé autre chose qu'un faux humanisme, que d'ailleurs la jeune Léonarda, sans doute sous influence, s'est empressée de rejeter vertement.

 

Le père n'est plus ce qu'il était

Dans un autre domaine, jeudi 17 octobre, pour la première fois, deux enfants n'ont officiellement pas de père. Non pas que leur père soit mort ou parti à l'autre bout de la planète. Non, il est tout simplement nié. Ceci résulte de la loi Taubira et de la décision du tribunal de Lille qui a donc accédé à la demande d'adoption plénière par un couple de femmes, qui se sont récemment mariées. Mensonge d'état donc, puisque pour la première fois, des enfants qui peut-être un jour se demanderont qui est leur père (les lois de la nature font qu'il y en a forcément un !) se verront répondre par ce même état que de père, ils n'en ont point. Rude donc, et assez terrifiant de mon point de vue.On objectera que le père n'aurait de toutes façons pas été retrouvé puisqu'il s'agit d'"une insiménation artificielle avec donneur inconnu". A l'abject de la situation – priver délibérément un enfant de son père – la loi lui confère maintenant une légalité qui se veut légitimité.

Ainsi la France, cette patrie des droits de l'homme que, parait-il le monde nous envie, vient de donner deux mauvais exemples en quelques jours de ce qu'elle peut faire de pire : légaliser le mensonge, tomber dans le faux humanisme de ceux qui ne savent ce qu'aider l'autre veut dire. Ce mensonge d'état et ce faux humanisme se répondant l'un l'autre, il y a fort à parier qu'on n'a pas fini de voir les aberrations proposées par nos politiques.

 

 

 

 

  1. au moins pour ce qui concerne les Roms []
  2. "Selon les données recueillies par la mission, les absences de Léonarda au collège sont de 66 demi-journées en 6e, 31 en 5e, 78 en 4e et 21 ½ depuis le début de l’année scolaire actuelle" []
  3. et encore, cela reste à voir : Harlem Désir a contredit le président en demandant le retour de toute la famille, sauf le père. []