universite-attaque-syrieBien sûr il y a ces 1400 morts, tués à l'arme chimique le 21 août 2013 dans la banlieue de Damas. MSF a attesté avoir reçu plusieurs milliers de patients "présentant des syndrômes neurotoxiques".

Ces 1400 morts, par usage d'une arme interdite suite à une convention que la Syrie ne semble pas avoir signée (cf. cet article Wikipédia) (Israël ne l'a pas ratifiée), font suite aux 100 000 morts depuis le début de la guerre civile en Syrie.

Bien sûr Bachar el-Assad est un tyran, sans scrupules, ne valant pas plus que Kadhafi ou Saddam Hussein. La France s'est d'ailleurs bien peu honorée en l'invitant à participer au défilé du 14 juillet 2008, et j'ai considéré que cette invitation, ainsi que celle de Kadhafi à l'Elysée, avaient été deux fautes majeures de Nicolas Sarkozy.

Il semble que ces pauvres morts gazés aient été la goutte d'eau de trop et que, non de non, on ne peut plus accepter l'inacceptable. Rappelons que l'inacceptable est accepté depuis longtemps, que ce soit en Syrie ou ailleurs. Alors je veux bien qu'on parle de morale, je veux bien qu'on explique qu'il faut aller punir celui qui n'a pas bien agi, mais j'aimerais être certain qu'on ne me berne pas encore une fois.

En 2003, il y a 10 ans donc, les Etats-Unis nous expliquaient détenir la preuve que Saddam Hussein (qu'il ne s'agit pas de défendre, soyons clair) détenait des armes de destruction massive et que cela justifiait bien une petite attaque. On sait maintenant qu'il n'y avait pas de preuves et que l'Irak ne disposait pas de ces armes.

Il y eut aussi la guerre en Lybie en 2011, guerre décidée pour éviter le massacre de civils à Benghazi. On sait ce qu'il est advenu du régime de Kadhafi et du dictateur déchu. On s'intéresse assez peu à ce qu'est devenue la Lybie aujourd'hui et je pressens que la situation n'est guère reluisante.

Attaquer la Syrie ? Pourquoi pas ? Mais la question lancinante que je me pose est "pourquoi" ?

Pourquoi agir si tard, alors que les morts s'entassent et que les réfugiés affluent partout pour fuir les balles et les obus ? Pourquoi agir maintenant sous prétexte de l'utilisation d'armes chimiques sans qu'on n'ait la preuve que le pouvoir syrien en soit l'instigateur (mais la probabilité est somme toute assez élévée) ? Pourquoi employer ce terme "punir" que je trouve finalement mal accordé dans la bouche du président du pays qui prétend (encore) montrer au monde ce que sont les droits de l'homme ?

On retiendra quelques paradoxes. L'Angleterre, que l'on dit inféodé aux USA, a consulté son parlement et celui-ci a voté "non" à la question d'une participation à une attaque. La France, si soucieuse de la légitimité de toute action coercitive et tant de fois réfractaire aux injonctions américaines, s'apprête à participer à la suite des USA, sans mandat onusien. Et ironie de l'histoire, c'est un président de droite qui refusa d'aller guerroyer en Irak, et c'est un président de gauche qui emboite le pas aux Etats-Unis, sans même prévoir un vote à l'Assemblée Nationale française.

Frapper la Syrie, la punir ? Pour quels buts ? On nous dit que les attaques seront ciblées, on nous dit qu'on n'enverra pas de soldats au sol. On nous dit qu'il n'est pas question de mettre à bas le régime d'el Assad. Alors quoi ? Vraiment, je ne vois pas.

L'un des arguments de Barak Obama (dont on se demande pour quelles raisons il a obtenu le prix Nobel de la paix) est de dire qu'on ne peut pas ne pas intervenir. Que ce serait donner un quitus à ce dictateur (et aux autres sans doute). Certes, mais encore une fois, n'était-ce pas il y a 2 ans qu'il fallait agir ? Et pourquoi les diplomaties occidentales ont-elles refusées jusqu'alors de livrer des armes en quantité suffisante, ou tout du moins plus sophistiquées aux rebelles ? Peut-être parce que ces rebelles sont trop islamistes pour être totalement honnêtes…

Et quand bien même el-Assad partirait, qui pour prendre sa suite ? Un régime qui s'empresserait d'appliquer la charia, comme en Lybie ? Et comment le risque d'un embrasement de toute la région est-il pris en compte ? A moins que ce ne soit le souhait inavoué des faucons américains ?

Tuer 1400 personnes à l'arme chimique, dont de nombreux enfants, est ignoble. En tuer 100 000 à l'arme conventionnelle n'en est pas plus éthique.

J'aimerais me convaincre de la légitimité et de l'efficacité d'une telle attaque. Mais les précédents irakien et lybien m'en empêchent. J'aimerais croire qu'il est facile de remplacer une dictature par un régime vertueux, mais le précédent afghan montre que c'est loin d'être acquis.

Je ne connais pas la Syrie. Je sais que la diplomatie a ses raisons que la raison ne connait pas toujours. Mais j'ai envie d'entendre ces voix chrétiennes et, avec elles, appeler à la retenue et à la paix.

PS : en relisant cet article écrit dans l'après-midi et en surfant pour noter tous les liens, je vois que Barak Obama, s'il est décidé à frapper, demandera un vote au préalable au congrès américain. Bel exercice démocratique – dont la France s'honorerait – et qui laisse espérer un vote similaire à celui du parlement anglais.