rameaux

Lettre ouverte à ceux qui ont osé venir à la messe des Rameaux

 

Je vous ai croisé hier. Vous ne venez pas souvent à la messe, seulement deux ou trois fois par an. Mais hier, pour la messe des Rameaux, vous étiez là. Vous vouliez rentrer à la maison avec des rameaux bénis.

Comme beaucoup de paroissiens, comme beaucoup de prêtres, je me désole de ne vous voir qu’épisodiquement. Je m’agace aussi que vous ne preniez la religion catholique que comme une superstition parmi d’autres. Oui, je m’en agace. Comme ces pharisiens qui ne comprenaient pas que Jésus puisse faire un miracle durant le Sabbat ou qu’il mange avec des prostituées. Je m’en agace, mais je veux y voir autre chose qu’une simple approche superstitieuse.

 

Ce que cette affluence dit

L’église était pleine hier. Tous les bancs, jusqu’au dernier, étaient remplis. Vous étiez là, vous vous êtes pressés pour venir. Que représente donc ce jour pour vous ? La possibilité d’avoir une brindille magique accrochée à vos murs ? Combien, d’ailleurs, étiez-vous à vous en aller une fois vos rameaux bénis ? Il y a les autres aussi, tous ceux qui sont restés jusqu’au bout – ou presque – de cette longue messe. Mais peu importe au fond. Je retiens votre impulsion initiale, celle qui vous a mis en mouvement vers l’Église.

Voyez-vous, je veux voir dans votre démarche une recherche, la recherche de quelque chose qui vous dépasse, vous qui êtes en butte à votre propre vie, souvent difficile et peuplée d’embûches. Vous ne savez pas d’ailleurs pas bien ce que vous cherchez, vous avez une vision imparfaite de la religion (imparfaite dans le sens que vous n’y voyez qu’une superstition), mais au fond de vous-mêmes, vous reconnaissez que la Vie ne se limite pas à votre propre existence. Vous me démontrez par votre venue votre besoin de transcendance.

Nous, paroissiens, au lieu de parfois vous mépriser charitablement, ferions bien de vous considérer pour ce que vous êtes : des gens en recherche de quelque chose de plus grand et dont il ne faudrait sans doute pas grand-chose pour vous convaincre que l’Église peut vous apporter beaucoup. Mais savons-nous vous accueillir ?

 

Ce que les catholiques pratiquants ont à vous dire

Chers passants, chers paroissiens épisodiques, vous qui venez chercher quelque chose que vous ne savez sans doute pas très bien définir, vous qui pensez que cette Église n’est pas faite pour vous, permettez-moi de vous dire deux ou trois choses sur nous, catholiques pratiquants.

L’Église n’est pas faite pour vous, dites-vous ? Vous avez à la fois raison et tort. Raison parce que, je me dois de l’admettre même si cela fait mal, nous ne savons pas assez vous accueillir. Nous observons avec satisfaction que notre église est plus remplie que d’habitude, aux Rameaux, à Pâques et à Noël, et si nous vous voyons, nous ne vous regardons pas vraiment. Personne n’est là à vous dire : « amis de passage, que puis-je faire pour toi ? », personne n’est là pour expliquer ce que vous ne comprenez pas, personne ne prend la peine de vous poser la question de ce que vous cherchez, personne ne vous tend vraiment les bras.

Et puis, cette cérémonie vous parait tellement abstraite, si loin de vos besoins, si loin de ce que vous attendez. Finalement, ni les gens, ces braves paroissiens qui, eux aussi, oublient parfois pourquoi ils viennent à la messe tous les dimanches, ni ce cérémonial ne vous apportent grand-chose.

Oui, comme je vous comprends. Moi aussi, tant de fois, j’ai cru que l’Église ne m’apportait rien…

Aujourd’hui, je puis vous dire que vous avez tort. Tort de n’en rester qu’à une première impression, tort de ne pas voir en ces paroissiens vos alter ego, tort de ne prendre dans cette religion que ce qu’elle n’est fondamentalement pas, tort de croire que tout cela n’est pas pour vous.

Vous manquez de foi, vous manquez d’espérance, vous cherchez ce que votre vie ne vous offre pas et ne vous offrira jamais, vous vous croyez indigne de faire partie de l’Église ? Vous cherchez l’Amour, la Vie, la Vérité – celle de votre coeur, du fin fond de votre coeur ? Alors l’Église est pour vous !

 

Dieu est avec vous

Rien de ce qui est humain n’est étranger à Dieu. Vous ne vous croyez pas à la hauteur, vous pensez que le Dieu des chrétiens est un Dieu lointain. Vous vous trompez. Lourdement. Malencontreusement. Douloureusement.

Vous êtes venus à la messe des Rameaux, et vous avez entendu que le prêtre a dit : « En ce premier jour de la Semaine Sainte… ». Alors laissez-moi vous montrer le visage que Dieu nous montre durant cette belle semaine.

Jésus, donc Dieu, s’abaisse à laver les pieds de ses apôtres, comme le faisaient normalement les serviteurs. Y compris ceux de Judas qui allait le trahir quelques heures plus tard. Jésus se fait serviteur, abolissant toute hiérarchie. N’est-il pas proche de nous en nous montrant le chemin de l’humilité ?

Jésus, donc Dieu, durant sa dernière nuit, est pris d’angoisses. N’épouse-t-il pas nos peurs et nos doutes face un avenir parfois si angoissant ?

Jésus, donc Dieu, est renié par trois fois par celui qu’il a pourtant institué chef de son Église. Combien de fois avez-vous été renié par des amis proches ?

Jésus, donc Dieu, est trahi par Judas qui a pourtant partagé pendant 3 ans sa vie. Combien de fois avez-vous été trahi par un proche, par un ami, par un frère ?

Jésus, donc Dieu, est arrêté, moqué, bafoué, torturé. N’épouse-t-il pas au centuple le mal que nous font les autres, les humiliations subies, les coups de couteau et les phrases assassines ?

Jésus, donc Dieu, est cloué à la croix, comme l’étaient les assassins, lui qui n’a tué personne. N’épouse-t-il pas au centuple nos douleurs physiques et morales, nos injustes condamnations ?

Oui, vraiment : rien de ce qui est humain n’est étranger à Dieu. Rien.