J‘ai lu récemment trois livres qui traitent tous, de manière plus ou moins directe, de l’homosexualité. C’est sans doute un des mérites du débat sur le mariage gay que d’avoir fait surgir certaines questions liées à l’homosexualité. Il me semble que l’on oscille facilement entre le tabou absolu et la valorisation excessive. Comme en toute chose, un juste milieu doit être trouvé dans la perception de ce qu’est l’homosexualité et, ce qui me parait être le plus important, la considération des personnes homosexuelles..

 

Les lendemains du mariage gay

lendemains-mariage-gayCe livre [1], écrit par Thibaud Collin et paru aux éditions Salvator, ne traite pas à proprement parlé de l’homosexualité mais de la demande d’ouverture du mariage aux personnes homosexuelles. L’auteur explore dans ce livre la question morale afférante au débat sur le mariage gay : est-ce juste ? qu’en est-il de la notion d’égalité ? Ces questions sont discutées à l’aune du choix politique. Car c’est bien le devoir de chacun de se prononcer sur tel ou tel projet de loi. T. Collin ne se place donc pas sur le champ religieux, et seuls les arguments philosophiques et juridiques sont mis en avant.

L’auteur n’élude a priori aucun sujet. Par exemple, il pose la question de l’éventuelle suppression du mariage civil, à la suite de Jacques Derrida qui déclara peu de temps avant son décès : « Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de « mariage » dans un Code civil et laïque ». [2] Et Thibaud Collin de poursuivre :

Pourquoi la revendication homosexuelle est -elle de plus en plus audible ? Pourquoi apparait-elle de plus en plus évidente à nos contemporains ? Parce qu’elle épouse et par là radicalise des tendances déjà agissantes dans le corps social : la lutte contre le racisme et le sexisme, le progressisme, sans aucun doute.

La place de l’enfant est largement étudiée dans ce livre. Le point essentiel du débat sur le mariage gay – à savoir l’autorisation de l’adoption, de la PMA et de la GPA – me semble être parfaitement résumé par T. Collin :

Et l’enfant dans tout cela ? L’intensification du sentiment amoureux comme critère central de la conjugalité a eu pour conséquence d’investir l’enfant comme axe principal de la famille. L’enfant apparaît comme l’élément stabilisateur de relations familiales rendues instables par la versatilité du sentiment. Vases communicants. (…) L’enfant n’est plus ce en vue de quoi l’unité familiale est exigée et construite mais cause efficiente de celle-ci. Le prix à payer de ce chassé-croisé est que l’enfant n’est plus d’abord le bénéficiaire de l’unité. Il devient plutôt celui auquel se rapportent les éléments d’un monde éclaté et qui assume donc la lourde charge de les faire tenir ensemble. On comprend alors que le désir d’enfant puisse devenir synonyme de projet parental.

D’autres sujets sont évidemment étudiés dans le détail, comme le rôle de l’Etat. Je laisse les lecteurs découvrir, à la suite de l’analyse de toutes ces questions, quelle conclusion l’auteur en tire quant à l’ouverture du mariage aux homosexuels.

Disons-le franchement, ce livre n’est pas d’un accès aisé et je dois admettre que j’y suis resté un peu hermétique. Il y manque pour moi – mais le propos du livre n’est évidemment pas là – une approche plus humaine des implications de ce qui n’est, à l’heure où j’écris, qu’un projet de loi. Non pas qu’il ne faille en explorer les implications juridiques, ni de traiter le problème sous l’angle philosophique. Mais un lecteur averti en vaut deux et donc sachez à quoi vous attendre en lisant ce livre. Cependant, le livre est très bien écrit, très structuré aussi, ce qui aide à sa compréhension.

 

L’homosexualité en vérité

PArino

De Philippe Ariño, publié chez Frédéric Aimard éditeur. Je m’étais fait écho d’une conférence que Philippe avait donnée à Toulouse, conférence dans laquelle il reprenait les arguments exposés dans ce livre (et que l’on retrouve sur le site internet de l’auteur). Ce livre a deux grandes forces à mon sens : il tente de traquer ce qui fait l’homosexualité, en vérité et en toute liberté. Le titre n’est donc pas usurpé. Sa deuxième force – et sans nul doute explique la première – vient du fait que l’auteur lui-même est homosexuel, qu’il ne se renie pas et qu’il a une force de persuasion assez impressionnante. J’ai eu l’occasion de le dire après sa conférence, l’impression est la même après avoir lu son livre, cela fait du bien de voir un homme parler clair, sans fioriture et en vérité.

Le livre est structuré en trois chapitres : 1) L’homosexualité, qu’est-ce que c’est et que dit-elle en moi ? 2) Que faire du désir homosexuel si je le ressens de manière persistante ? 3) Si je suis croyant et homo comment je fais ? Philippe Ariño aborde donc beaucoup de sujets, et sans tabou ni langue de bois

Un manque à mon avis malgré tout. L’auteur n’aborde jamais la question des enfants et cela me surprend un peu car je n’imagine pas qu’un homosexuel ne se pose pas la question de l’engendrement. Certains tentent d’y répondre par la PMA ou la GPA. Pourquoi ce point-là n’est pas traité ? Finalement, en creux, je vois dans ce silence une pierre d’achopement et un non-dit qui en dit finalement beaucoup.

Livre très facile d’accès, je le conseille vraiment à tous ceux qui se sentent empruntés par rapport à la question de l’homosexualité : hétéro bien pensant qui nourrit un mépris, une peur voire une phobie de l’homosexualité, ou homo se posant des questions et qui souhaite entendre un autre discours que celui des associations LGBT, le spectre est assez large de ceux qui seront intéressés par ce livre.

 

Les Chrétiens et l’homosexualité – l’enquête

Les_chretiens_et_l_homosexualite_l_enqueteDe Claire Lesegretain, aux éditions Chemins de Tr@verses. De loin, le livre [3] , parmi les trois, qui m’a le plus passionné. Vaste étude qui vise à essayer d’éclaircir les liens, souvent troubles, entre les Chrétiens et l’homosexualité et de la perception des personnes homosexuelles elles-mêmes.

Vaste enquête donc qui voit l’auteur mener des entretiens avec des nombreux spécialistes (psys, prêtres, directeur de séminaire, …) pour traiter de nombreux sujets. Le chapitrage est très clair et bien pensé et permet de lire une partie isolément du reste. Tant mieux, puisque les chapitres sont nombreux dans ce livre de 411 pages.

Parmi les chapitres les plus intéressants, j’en citerai deux. Le premier, « Plus de deux millions et demi de Français », inclut un entretien entre l’auteur et l’historien Michel Rouche qui brosse un passionnant tableau des rapports entre l’Eglise et l’homosexualité et du sort réservé aux personnes homosexuelles au cours des âges. Et ce tableau montre bien la fluctuation importante selon les époques, passant d’une certaine tolérance à une répression plus forte. Et dans ce tableau brossé à grand traits, on voit aussi combien la question de la pédophilie fut liée (ce n’est plus le cas aujourd’hui) à celle de l’homosexualité, pédophilie qui fut souvent une pratique tolérée voire encouragée.

L’autre chapitre qui m’a touché est celui ayant trait à la chasteté, intitulé « Le courage d’être chaste ». De nombreux témoignages composent ce chapitre. Olivier témoignage de son cheminement :

Une chasteté qu’il considère comme une richesse car elle « donne une très grande  liberté  dans  la  relation  aux  autres  et  laisse  place  à  l’émerveillement  ». Et puis, conclut-il, tous, hétérosexuels ou homosexuels, mariés ou célibataires, lorsque nous sommes tôt ou tard confrontés à la fin de notre génitalité, nous devons trouver notre plaisir ailleurs. Dans la contemplation.

Autre témoignage très touchant : celui de Béatrice qui raconte sa conversion après avoir vécue avec une femme pendant de longues années.

Livre passionnant, disais-je, par son exhaustivité et par son format. Chaque chapitre est composé d’un texte de l’auteur et d’un ou deux interviews avec des spécialistes. La lecture en est ainsi rendue plus claire et plus vivante, les questions posées lors des interviews faisant souvent écho à celles que l’on s’est posée en lisant le texte en préambule du chapitre.

A noter que ce livre est accessible aussi au format électronique, en allant sur le site Bouquineo. Le fichier fourni au format PDF est d’une qualité irréprochable.

  1. C’est à ma demande que les Editions Salvator m’ont gracieusement envoyé un exemplaire du livre []
  2. Le Monde, supplément du 12 octobre 2004 []
  3. Les éditions Chemis de Tr@verses m’ont gracieusement fourni un exemplaire du livre []