Les partisans du mariage pour tous ont tous le mot "égalité" à la bouche. Mot repris, bien sûr, par les membres du gouvernement et par François Hollande lui-même.

Qui est contre l'égalité ? Personne, bien sûr.

La vraie question n'est finalement pas celle de l'égalité, mais celle de la liberté. C'est la notion de liberté qui est sous-jacente aux revendications et oppositions concernant le mariage pour tous.

Liberté de me marier avec qui je veux. Notons qu'en ce sens, l'idiome "Mariage pour tous" est finalement moins hypocrite qu'il n'y paraît. Liberté d'avoir des enfants, même si le couple formé, et – si la loi est votée – légitimement uni par les liens du mariage, ne peut procréer.

Soit. Pourquoi pas ? La science permet tant de choses maintenant qu'elle impose au droit de dire ce qui peut être légitimé et ce qui ne peut pas l'être. Jadis, l'impossibilité "technique" due à une science encore balbutiante faisait que les choses n'avaient même pas à se concevoir : elles ne se pouvaient pas. Aujourd'hui, "on" peut. 

Le droit ne disait pas tout, parce que ces questions-là ne se posaient pas. Aujourd'hui, on lui demande de dire ce qui est possible et ce qui ne l'est pas. Et je ne vois rien d'anormal à cette demande-là, évidemment.

Or si mon désir n'est plus entravé par les impossibilités scientifiques et techniques, pourquoi m'en priverais-je ? Au nom de quoi, la société empêcherait-elle ces revendications diverses et variées d'être légitimées ?

Et que peut répondre le droit à ce désir de liberté, à ce désir de vouloir faire ce que je veux quand je veux ? Il ne peut opposer qu'une seule réponse : celle du bien commun, quitte à contraindre les libertés individuelles.

La liberté de chacun s'arrête là où commencent celles des autres. Voilà la question de fond.

La liberté pour les gays et les lesbiennes d'avoir des enfants se heurtent à la liberté pour ces enfants d'avoir un père et une mère. Sauf à considérer que cette loi de la nature est à mettre au rancard et que l'altérité sexuelle n'est pas un fondement de la filiation et de l'éducation. Pourquoi accepterait-on de priver des enfants de la liberté d'avoir un père et une mère ? Au nom de quoi leur imposerait-on d'avoir deux mères (en cas de PMA) ou deux pères (en cas de GPA) ?

Cette question de la place de la liberté individuelle par rapport au bien commun est la seule question qui vaille. Et c'est évidemment celle qu'on occulte en la masquant derrière la sacro-sainte égalité.

Qui osera y répondre parmi les partisans du mariage pour tous ?