L'actualité nous offre, cette semaine, deux tristes exemples de la dérive mortifère de notre société. Le pire, de mon point de vue, est ce sentiment qu'un aveuglement étrange affecte la société : certes, tant de bonnes raisons (la crise bien sûr) expliquent cette apathie intellectuelle, mais, enfin, peut-on accepter ces dérives sans broncher ? Quelle société voulons-nous ? 

 

Dissertons, dissertons, il en restera toujours quelque chose !

Un professeur de français demande à ses élèves de disserter sur le suicide. Pourquoi pas, le champ des questions philosophiques à traiter étant sans limites.

Le sujet, le voici :

"Vous venez d'avoir 18 ans. Vous avez décidé d'en finir avec la vie. Votre décision semble irrévocable. Vous décidez dans un dernier élan de livrer les raisons de votre geste. En dressant votre autoportrait, vous décrivez tout le dégoût que vous avez de vous-même. Votre texte retracera quelques événements de votre vie à l'origine de ce sentiment."

Vous notez que le sujet n'est pas le suicide en général, comme a pu le traiter A. Camus dans la Mythe de Sysiphe par exemple. Non, le sujet, c'est VOTRE suicide. Voyez aussi comme on ne réfléchit pas en termes généraux, préférant tout ramèner à soi : MA liberté, MON désir, MON mariage, MON suicide,  etc. Bref, admettons malgré tout que cela fasse un beau sujet pour des étudiants en prépa littéraire. Sauf que là, les élèves concernés sont en 3e, c'est-à-dire âgés, pour les plus jeunes, de 13 ans. Oui, on demande à des élèves de 3e décrire tout le dégoût qu'ils ont d'eux-mêmes. Quand on sait les difficultés inhérentes à cet âge pour quitter le monde de l'enfance, pour avancer vers l'âge adulte dans une société en manque de repères, pour s'approprier tous les changements du corps, pour faire ses choix d'orientations scolaires, je trouve cela proprement effarant.

L'enseignant a été suspendu temporairement. Déjà des associations de parents expliquent que, finalement, ce n'est pas grave du tout et que l'enseignant est unanimement apprécié. [1]

C'est dingue finalement comme certains refusent d'appliquer le principe de précaution dès qu'il touche à des enfants ou des ados.

 

Sauvons les baleines

En début de semaine, le landernau parisien bien-pensant s'est ému d'une publicité diffusée dans l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur. Cette publicité essaye d'alerter sur la recherche qui sera autorisée prochainement sur les embryons humains. En effet, le Sénat a adopté le projet de loi, et, évidemment, cela s'est fait sans bruit, sans débat national, pourtant prévu par la loi votée en 2011, comme précisé par l'article 46 de la loi n° 2011-814 du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique.  

Cette pub a pourtant deux torts, au point d'avoir suscitée des cris d'orfraie et des revirements dont les bobos sont coutumiers. Son premier tort est d'abord de poser une question qui fâche. L'intelligentsia n'aime pas les questions qui fâchent, elle n'aime qu'on ait un avis différent du sien, elle ne veut pas qu'on lui dise que ce qu'elle veut pour la société n'est pas toujours souhaitable. Oser poser la question du sort réservé aux embryons humains et comparer ce sort aux embryons d'animaux est visiblement tabou. Le second tort de cette publicité est qu'elle provient de la Fondation Jérôme Lejeune qui se bat pour les plus faibles (trisomiques) et qui est contre l'IVG. Et même si cette pub ne cible pas l'IVG, elle a partout été cataloguée comme telle.

Donc, comme des voix éminentes se sont émues, la direction du Nouvel Obs a fait machine arrière. Laurent Joffrin a publié un communiqué croquignolesque dans lequel il explique une erreur de fonctionnement interne – j'imagine que deux ou trois lampistes ont dû morfler – et que cette pub n'est pas en accord avec les valeurs du Nouvel Obs (vous noterez que, fort opportunément, l'intitulé du communiqué parle de pub anti-IVG). Dont acte : l'embryon humain ne fait pas partie des valeurs du Nouvel Obs. Est-ce l'adjectif humain qui est de trop ?

 

La culture de la mort

Cette société ne supporte pas qu'on essaye de défendre la vie, toute la vie, de ses prémisses jusqu'à son terme. Cette société est de plus en plus mortifère, semblant être attirée sans cesse davantage par le tourbillon de la mort. Oh certes, on va se pencher sur l'état de la planète, on stoppe des travaux pour sauver une espèce de grenouilles en voie de disparation, mais dès qu'on parle de défense de la vie, on est ringardisé. [2

Mes amis, ce tourbillon mortifère n'est pas prêt de s'arrêter. Pensez à la délectation de certains quand ils voteront la loi sur l'euthanasie et qui vous expliqueront que vous êtes sans coeur si vous êtes contre !

Ce n'est pas nouveau. En 1995, Jean-Paul II a publié Evangelium Vitae qui reste, plus que jamais, d'une brûlante actulaité :

95. « Conduisez-vous en enfants de lumière… Discernez ce qui plaît au Seigneur, et ne prenez aucune part aux œuvres stériles des ténèbres » (Ep 5, 8.10-11). Dans la situation sociale actuelle, marquée par un affrontement dramatique entre la « culture de la vie » et la « culture de la mort », il faut développer un sens critique aigu, permettant de discerner les vraies valeurs et les besoins authentiques.

 

  1. Pour en savoir plus, vous pouvez lire et []
  2. Évidemment, je n'ai rien contre le fait qu'on se préoccupe de la planète et qu'on soit précautionneux des espèces vivantes : c'est le deux poids deux mesures que je fustige []