En ces temps où l’on parle beaucoup du mariage, j’ai lu cet été [1] le livre du père Castaignos, « Se marier et durer », publié aux éditions Salvator. [2]

Ce livre est présenté sous forme d’un entretien entre Pierre-Marie Castaignos et Yves Kerhuon. Mais loin d’être une conversation à bâtons rompus, le livre est très structuré et les différents chapitres permettent d’aborder les différentes dimensions du mariage.

Le père Castaignos a consacré de longues années à la préparation au mariage, ce qui a nourri sa réflexion, réflexion enracinée dans du vécu. Ceux qui me lisent régulièrement savent que je participe à la préparation au mariage dans ma paroisse. J’ai donc retrouvé dans ce livre une partie de mon expérience. J’y reviens plus loin.

 

La préparation au mariage

Les thèmes abordés sont donc classiques, mais néanmoins importants. Ils traitent des grandes questions liées à l’engagement de vivre en couple … pour toujours. Car c’est cela l’enjeu du mariage catholique. On prend un engagement comme aucun autre dans la vie [3] : celui de rester uni quoiqu’il puisse arriver. Ce n’est pas très tendance, certes, à l’heure où, comme le rappelle P.M. Castaignos, le taux de divorce en France est de 44%.

L’enjeu de la préparation au mariage est de proposer aux fiancés [4] une réflexion afin de mûrir leur choix et leur engagement. Et engager ces fiancés dans une réflexion qu’ils n’ont peut-être pas par ailleurs nous obligent aussi à leur parler de ce qui peut faire mal, des différents écueils qu’ils auront à subir et qu’ils devront apprendre à dépasser.

Et parmi les écueils, il y a non pas la différence entre les fiancés mais le ou les déséquilibres qui peuvent survenir. L’un des enjeux de la préparation est non pas d’insister sur les différences, qui en général se surmontent d’autant mieux qu’elles sont voyantes, prises en compte et analysées, mais d’attirer sur tous les déséquilibres qui peuvent exister au sein du couple : dans les façons de penser, dans les façons d’agir ou de réagir, la perception des choses et des événements. Ces déséquilibres passent pour anodin mais peuvent, à la longue, fissurer fortement la relation.

Le père Pierre-Marie Castaignos traite donc de tous les sujets qui, un jour ou l’autre, quoiqu’en dise ou qu’on en pense, devront être abordés par les époux. Il parle donc, sans tabou, de la sexualité et de l’accueil du mystère de la vie. Il rappelle l’importance de l’engagement des corps, que ce soit avant le mariage (en notant tous les écueils d’un corps qui se donne trop tôt) ou pendant le mariage. La fidélité, dont l’engagement est pris le jour du mariage, peut-elle être tenue ? Et si non, quelles sont les voies de réconciliation et de pardon ?

J’ai été heureux de lire un chapitre entièrement consacré à la réconciliation dans le couple. Combien de divorces seraient évités si l’habitude du pardon était prise régulièrement ? P.M. Castaignos insiste sur ces réconciliations quotidiennes, ces pardons pour de petites choses qui permettent de pouvoir affronter de plus grandes crises. « Le divorce n’est pas une fatalité ! » écrit-il.

 

Dis-moi combien tu gagnes ?

Un autre élément abordé est celui de l’argent. Mon expérience m’incite à penser que ce point est de plus en plus crucial tant le rapport à l’argent des individus peut avoir de répercussions sur le couple. On touche, via l’argent, au caractère bien sûr, mais aussi et surtout à l’éducation reçue, et donc aux façons d’être et de vivre des familles respectives des fiancés. La question de la confiance est aussi posée quand on aborde celle de l’argent. Confiance en l’autre, quand on lui cède la gestion des finances familiales par exemple ; confiance en l’avenir tant la peur de manquer d’argent (pour élever les enfants) peut être sclérosante.

Je n’ai pas tout à fait rejoint l’auteur quand il promeut le régime de la séparation de biens par rapport au régime de la communauté. Certes, je conçois qu’en des cas particuliers, où le risque est avéré, la séparation des biens est un moyen de protéger sa famille. Mais il me semble que le régime de la communauté sied mieux à l’esprit du mariage catholique, à l’instar des premières communautés chrétiennes où l’on mettait ses biens en commun. Bref, j’ai été surpris de voir le père Castaignos défendre aussi fortement le régime de la séparation de biens.

 

Quelles conditions imposer aux demandes de mariage ?

La question de la spiritualité et du couple est elle aussi d’importance. Elle dépasse d’ailleurs largement la spiritualité du couple. La question qui se pose est : « qui marie-t-on ? » Ou plus précisément : « comment préparer au mariage et marier des personnes qui ne connaissent rien – ou si peu – de la religion catholique ? ». P.M. Castaignos n’apporte pas de réponses définitives mais ose poser quelques questions auxquelles il faudra bien répondre un jour :

  • Doit-on demander aux fiancés d’attendre un an avant de se marier comme l’a préconisé la conférence des évêques de France en 2002 ?
  • L’Eglise demande aux couples de s’engager à faire baptiser leurs enfants et à les catéchiser. Que faire lorsqu’un couple demande le mariage catholique alors qu’il a déjà des enfants qui ne sont pas catéchisés voire pas baptisés ?
  • Pourquoi en France, peut-on se marier sans avoir reçu les sacrements de l’initiation que sont la communion et la confirmation ?

 

Mon avis

Ce livre s’adresse à deux types de public. Ceux qui sont impliqués dans la préparation au mariage et ceux qui se préparent à leur mariage.

Impliqué dans la préparation au mariage, j’ai été heureux de voir que l’auteur pose les problèmes dans les mêmes termes que nous, qu’il apporte généralement les mêmes réponses. Ce livre, s’il n’apprendra peut-être rien aux préparateurs, prêtres et laïcs, très expérimentés, peut être une aide précieuse pour les débutants (c’est typiquement le genre de livre que j’aurais aimé lire quand j’ai débuté la préparation au mariage).

Quant aux fiancés, ce livre me semble très pertinent. Il traite de tous les principaux sujets, il est très abordable même pour ceux qui sont éloignés de la religion et doit permettre une bonne réflexion en couple. Ce livre sera donc ajouté à ceux que nous conseillons de lire !

 

  1. Voir mes autres lectures ici []
  2. J’ai été contacté par les éditions Salvator qui m’ont proposé de m’envoyer un exemplaire en échange de la publication d’un billet ; il fut clair que le billet serait rédigé en toute liberté []
  3. Hormis ceux qui décident de consacrer leur vie à Dieu []
  4. Mais peut-on encore appeler fiancés un couple qui décide de se marier à l’Église après de longues années de vie commune et avec déjà plusieurs enfants []