Nous assistons à une lente déconstruction de ce qui furent, il n'y a point si longtemps, les fondements de notre société. Mais aujourd'hui, plus qu'hier, et en rupture forte avec avant-hier, on veut mettre aux oubliettes ces fondements. Pour reprendre un terme cher aux rugbymen du Stade Toulousain, on touche aux fondamentaux. Et quand on perd ses fondamentaux, on perd souvent…

 

Le mariage

Avant que d'aborder ce qui sera la fin du mariage l'an prochain, sous couvert d'ouverture et de générosité (que ne fait-on pas au nom de la générosité d'ailleurs ?), il est instructif de noter comment l'institution du mariage est vécue au niveau des présidents de la Vème république. Jusqu'à Jacques Chirac inclus, nous avions une approche "classique" : mariage, en général de longue date, des écarts à la fidélité plus ou moins avérés, parfois acceptés par le conjoint compréhensif, et dont la presse, souvent, se gargarisait.

Avec Nicolas Sarkozy, première rupture : non seulement pour la première fois un président divorcé était élu, mais le président nous donna à voir durant la présidence même un nouveau divorce puis un remariage. Inédit. Peut-être moins hypocrite, finalement, que certaines mazarinades passées.

Avec François Hollande, deuxième rupture forte : un président non marié et non célibataire. Qui est donc accompagné de sa compagne. On devrait dire sa concubine. On pourrait dire méchamment sa copine. Mais première copine de France, ça sonne mal. Là encore, inédit. Est-ce qu'un fameux tweet eût eu moins d'échos s'il avait été envoyé par une épouse légitime ? L'histoire ne le dira pas.

En réalité, je me fiche un peu du statut marital du président. Cette évolution est finalement en phase avec celle de la société. Oui, pourquoi les présidents seraient-ils les derniers à divorcer, à se remarier, à divorcer à nouveau, puis se pacser et enfin trouver l'amour fou et vrai à 60 ans ? Hein, pourquoi ?

Non, le vrai coup de boutoir contre le mariage, c'est l'an prochain qu'il est prévu. Puisqu'enfin le mariage, pourtant tombé en désuétude, sera enfin ouvert à tous et à toutes. Oui, je sais, c'est déjà le cas, mais là ce sera à tous et tous, et à toutes et toutes. Vous suivez ? Il paraît que la communauté gay en rêve et même qu'au pays des droits de l'homme (et de la femme), c'est pas normal que les homos n'aient pas droit aussi au mariage, puis … au divorce. Comme tout le monde. Comme les hétéros rétrogrades. Comme les cathos (forcément rétrogrades). Y a pas de raison !

Mais comme le gouvernement ne veut pas faire les choses modernes à moitié, que la France doit devenir aussi le pays des droits de l'homo, eh bien, le gouvernement va autoriser l'adoption d'enfants par les couples du même sexe. Mais réservera-t-il cette possibilités aux gens mariés uniquement ? Ce serait discriminant. Il faudrait l'étendre aux pacsés ? Mais le gouvernement ira-t-il jusqu'à l'octroyer aux pacsés hétéros ? Aux moins de 28 ans ? [1] Allez, on rase gratis, adoption pour toutes et tous. Plus de dis-cri-mi-na-tion. Et l'enfant dans tout ça ? Celui qui va se retrouver entre 2 femmes ou 2 hommes, puis 4 femmes ou 4 hommes quand il y a aura les divorces et les familles recomposées homos ?

Chut. Le désir d'enfant est plus fort que l'enfant lui-même. Je veux donc j'y ai droit. Nouvelle devise au fronton de nos mairies dans quelques années !

Il est sûr qu'après une telle avancée dans l'histoire de l'humanité – on ne le dira jamais assez, la France ne peut se permettre d'être à la traîne en ces matières-là – les ultimes défenseurs du mariage à l'ancienne (je veux dire entre un homme et une femme), de la parentalité hétérosexuée (je veux dire avec un père et une mère) passeront pour des moyenâgeux dont l'obscurantisme n'a d'égal que celui des inquisiteurs.

Mais je garde espoir. La présidentielle de 2032 verra à l'Elysée, à nouveau, un homme marié. Certes, il sera gay, son compagnon prendra le nom de premier homme de France, il pourra envoyer tous les tweets qu'il voudra mais l'institution du mariage retrouvera enfin ses lettres de noblesse !

 

Les jours fériés chrétiens

La très éminente et très noble Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines (ANDRH) édicte chaque année des recommandations. La cuvée 2012, gouleyante à souhait, vient de sortir. Bon, elle risque, comme celle du Beaujolais nouveau, de ne pas laisser un souvenir impérissable. Pourtant, l'effort est louable. Ben oui, inciter les salariés à se syndiquer, modifier la culture managériale souvent basée sur la méfiance, favoriser la diversité pour accroître la compétitivité, mettre en place des indicateurs pour mesurer les minorités visibles et non visibles (sic), c'est beau, c'est généreux. Mais, vous, salarié(e) du privé, des TPE, des PME et même des grands groupes, vous y croyez ?

Pourtant s'est glissée dans cette liste une proposition qui montre que, peut-être, ce ne sont pas que des billevesées. En effet, Mesdames et Messieurs, l'"ANDRH propose, dans le cadre de la neutralité et de l’accroissement de la compétitivité au sein d’une organisation de travail, d’ouvrir un débat national sur le positionnement des jours fériés." Je passe sur le débat national, tarte à la crème décongelée.

Mais parvenir à mêler neutralité avec compétitivité montre à quel point ce projet a été préparé. C'est bien d'être neutre : tout le monde a la même chance, finies les discriminations honteuses. C'est d'autant mieux que l'ANDRH veut favoriser la diversité. Contradictoire ? Vous n'avez rien compris. La neutralité renvoie ici à la laïcité. Mais parler de laïcité en entreprise, cela ne se fait pas trop. Neutralité, c'est plus neutre, si vous voyez ce qu'ils veulent dire. Bien, donc nous avons la neutralité d'un côté et la compétitivité de l'autre. Par ces temps de crise, et parce que les DRH ne perdent jamais le nord, on ne peut que souscrire à la compétitivité. Un peu plus, ils auraient pu ajouter : "afin de ne pas finir comme la Grèce ou l'Espagne", mais le DRH bien comme il faut fréquente assez peu les bistrots.

Alors, comment fait-on pour conjuguer neutralité avec compétitivité ? Et bien, j'vous le donne en mille Emile, en neutralisant certains jours fériés chrétiens. Eh oui, on favorise la neutralité en neutralisant ce qui défavorise la compétitivité. Magnifique, n'est-il pas ?

Donc, jours fériés d'origine chrétienne ou jours fériés chrétiens nous plombent, vous ne pouvez pas savoir à quel point. Le 14 juillet ou le 1er mai, pas du tout. Mais le 15 août ou le jeudi de l'Ascension, oui, ceux-là, ils nous coûtent cher, au bas mot un demi-point de PIB, je ne sais combien de pour cent d'inflation, de millions d'euros de déficit. Vous comprenez bien qu'on ne peut plus se permettre cette lente dégringolade. Le libéralisme sans vergogne ne nous le pardonnerait pas.

Et bien moi, je dis qu'en ces temps de crise, nous devrions aller encore plus loin. Supprimons tous les jours fériés chrétiens, à commencer par Noël, la Toussaint, le lundi de Pâques. Et puis Pâques aussi (travailler un dimanche, c'est bon pour la compétitivité). Et puis le 14 juillet, les 1er et 8 mai, le 11 novembre. Quoi, vous doutez que ces jours soient d'origine chrétienne ? Pourtant, l'ANDRH l'affirme : "En effet, dans l’entreprise, tous les jours fériés sont d’origine chrétienne." Tous. C'est écrit. [2] Et un DRH qui a autant réfléchi à son coup ne peut se tromper.

 

L'assassinat légal [3]

Bon, je le reconnais, je fais mon ronchon. François Hollande, dans sa fameuse proposition n°21, n'a jamais parlé d'assassinat. Il a parlé de mourir dans la dignité.

Est-ce qu'on peut mourir dans la dignité en étant assassiné ? Je ne suis pas spécialiste, n'ayant jamais encore expérimenté ni la mort, ni l'assassinat, mais je dirais, comme ça, que ça dépend. De quoi ? De l'âge. On ne dira pas d'un enfant de 8 ans qu'il est mort dans la dignité s'il est assassiné. Du statut. On verra bien peu de dignité dans la mort d'une mère de famille (nombreuse) trucidée par son époux pris d'une folie passagère. Même d'un clochard, on ne le dira pas. A la rigueur, on se dira que sa vie de misère ne valait pas d'être vécue. Finalement, j'ai beau chercher, je ne vois pas trop de cas où on pourrait dire qu'être assassiné contribue à une mort dans la dignité. Ou alors peut-être à partir d'un certain âge. Ou si on est seul. Ou si le mois de juillet est vraiment pourri. Ou si la saga de l'été est vraiment nulle. On verra ce que la loi dira.

Oui, je sais, vous trouvez que je force le trait. Personne, pas même les ayatollahs de l'euthanasie, n'a prononcé le mot assassinat. Je l'admets.

Pourtant.

Pourtant, la langue française est très précise. A un point qu'on ne soupçonne pas. On y va ? Vous êtes prêts ? Vous êtes prêtes ? (ben, oui, soyons neutres !) Allons-y soft.

Dignité [4] : respect que mérite quelqu'un, respect de soi. Donc mourir dans la dignité pourrait se traduire par : "mourir dans le respect que je mérite". Dois-je vous l'avouer ? Je veux mourir dans la dignité. Et tout catholique pourra dire la même chose. [5].

Assassinat :  Meurtre commis avec préméditation.

Meurtre : Action de tuer volontairement un être humain.

Préméditation : Dessein réfléchi d'accomplir une action (surtout une action mauvaise, un délit ou un crime).

Donc, résumons. Quand quelqu'un demandera à mourir, même si les conditions de souffrance physique et psychique sont réunies, même si une commission de médecins y est favorable, celui qui exécutera la sentence sera en charge de la mise en oeuvre de la volonté du quidam de mourir dans la dignité commettra un assassinat. Qui sera donc légal si la législation évolue dans le sens voulu par ceux qui savent ce qui est digne et ce qui ne l'est pas.

 

Y a pas à dire. On vit une époque formidable. On en viendrait presque à regretter le temps béni de l'Inquisition.

 

Post-Scriptum : ces quelques références, en guise de clins d'oeil, à l'Inquisition ne doivent pas vous étonner : la saga de l'été diffusée par France 2 à partir du 4 juillet participe aussi, d'une certaine manière, de la lente déconstruction que j'évoque. Je vous incite à lire les articles déjà publiés sur le sujet, entre autres celui du Pèlerin et du blog de Charles Vaugirard.

  1. Voir les conditions actuelles d'adoption ici []
  2. Voir page 14 du document listant les propositions []
  3. Merci au prêtre de la basilique Saint Sernin qui célébrait l'office à 18h30 le dimanche 1er juillet et dont l'homélie fut saisissante []
  4. Selon le Petit Robert []
  5. Mais ne généralisons pas quand même, y aura bien des réfractaires []