Bon, l'heure de faire son choix approche ! Choix tardif, me direz-vous, mais j'avoue que j'ai eu du mal à me sentir vraiment concerné par cette campagne. Est-ce l'atonie de certains candidats ? Est-ce ce sentiment que, d'une manière ou d'une autre, les marges de manoeuvre seront tellement faibles que nous aurons peu ou prou la même politique ?

Cependant, considérant que voter est un devoir, je me dois donc d'essayer au moins de savoir pour qui je vais voter. D'autant plus que je n'envisage pas de me décider dans l'isoloir ou de tirer au sort un bulletin…

Ah oui,  un point d'importance qui peut éclairer la suite : je ne suis pas militant et je fais partie de cette masse fluctuante de Français qui changent leur vote d'une élection à l'autre. Il m'est arrivé de voter socialiste, pour le centre, ou pour l'UMP (et feu RPR).

 

Les critères

Je me faisais l'écho, ici, de savoir sur quels critères voter, oscillant entre ceux purement politiques et économiques, et ceux ayant trait à des choix de sociétés. Il est en réalité difficile d'isoler les uns des autres. On peut essayer d'en privilégier une catégorie ou une autre. On peut aussi décider que les points non négociables le sont effectivement et baser son vote exclusivement sur ceux-ci.

On peut aussi tenter de pondérer tout cela. Koz a publié un billet récemment dans lequel il a proposé une lecture "objective" [1] des programmes de quatre candidats en fonction de plusieurs critères. Cet énorme et remarquable travail est une bonne aide, à défaut d'être une aide décisive [2].

 

Ceux pour qui je ne voterais pas

J'ai d'abord éliminé ceux pour qui il était hors de question de voter. Les extrêmes, qu'ils soient de droite ou de gauche. Ça en élimine pas mal, mine de rien : Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Marine Le Pen, non, vous n'aurez pas mon vote.

A gauche, ils restent donc Eva Joly et Jean-Luc Mélanchon. A droite Nicolas Dupont Aignan. E. Joly est inaudible, impossible d'adhérer à quoi que ce soit. J'avais un a priori favorable pourtant : la juge intègre, l'approche nordique de la politique, une sorte de Borgen à la française. Mais là, non, trop difficile. N. Dupont-Aignan aussi trouvait un écho favorable chez moi : des relents de gaullisme, une certaine idée de la France, une abnégation. Mais son programme économique me parait un peu flou et je pense que sortir de l'euro serait une grave erreur.

Et J.L. Mélanchon, il n'est pas dans les extrêmes, me direz-vous ? Oui, certainement. Ses alliés communistes et son discours le mettent clairement très à gauche de l'échiquier politique. Mais le bonhomme est intéressant : il s'exprime bien, il cabotine, il occupe intelligemment l'espace, bref il sait capter l'auditoire. C'est d'ailleurs sans doute lui qui a fait la meilleure campagne, avec ce slogan que je trouve assez génial : "La révolution citoyenne", ce qui ne veut pas dire grand-chose en définitive mais qui est une bonne accroche. Mais la lecture de son programme, son alliance avec les communistes, ses sorties sur Cuba et le Tibet, ses références à Robespierre m'ont vite dissuadé de me tourner vers lui.

Ah oui, il en reste un. Jacques Cheminade. Que dire ? Qu'il veuille tripler le budget de l'Agence Spatiale Européenne [3] n'a pas suffit à envisager, ne serait-ce qu'une seconde, d'aller vers lui.

 

Ceux pour qui je pourrais voter

Donc il en reste trois : François Hollande, François Bayrou, Nicolas Sarkozy. Par tempérament, par culture personnelle, par adhésion assez large à son discours, sa posture et son programme, je me sens plutôt proche de François Bayrou. J'ai voté pour lui en 2007, je m'apprête à renouveler ce vote pour 2012.

Mais quelles sont mes considérations concernant ces trois candidats.

François Hollande

L'homme semble plutôt sympathique et je crois que son attitude bonhomme et rassurante a joué un grand rôle durant les primaires et les bons sondages sont imputables en partie à cette façon d'être, d'autant plus qu'elle contraste énormément avec celle de N. Sarkozy.

Cependant, si la forme plait, le fond est plus incertain et me convainc moins. Son programme, à l'instar de ceux des autres, comporte des zones d'ombre et sa part de démagogie et il est probable que la réalité économique lui impose des contraintes incoercibles. Je mets tout de même à son crédit son programme social et sa volonté de ne pas créer de clivages inutiles.

Je passerais sur certaines annonces qui me semblent tellement risibles que je me demande comment il a pu les prendre à son compte. Croit-il vraiment que la suppression du mot "race" changera quoique ce soit, si ce n'est peut-être à encombrer un peu plus les tribunaux ?

Mais ces effets d'annonce sont accessoires. Les points durs sont ailleurs, dans ces 3 propositions de son programme dont je me suis fait l'écho ici.

 

Nicolas Sarkozy

Si, sur la forme, je suis en phase avec F. Hollande, la façon d'être de Nicolas Sarkozy m'horripile. Je conçois que d'aucun considère ce critère comme futile. Ceci dit, on vote pour un programme, porté par un homme ou une femme. Et ressentir de l'empathie ou non pour un candidat n'est finalement pas si négligeable. En outre, dans le cas précis de Nicolas Sarkozy, cette façon d'être s'est traduite – malheureusement – en façon de gouverner. J'ai donc naturellement détesté ses outrances, ses insultes, ses manières avec les autres gouvernants, en un mot, sa façon d'habiter la fonction présidentielle. J'ai même ressenti de la honte parfois.

Si son bilan n'est pas très bon, je ne le juge pour autant pas catastrophique. La France a subi une crise forte et violente, et on peut faire crédit au président de son volontarisme. Je ne suis d'ailleurs pas sûr qu'un autre aurait fait nettement mieux. Mais bon sang ! que d'erreurs, qui risquent d'ailleurs de lui coûter cher : sa façon détestable de vouloir absolument être clivant en opposant les uns aux autres, sa tentation du népotisme, sa façon de mêler ses déboires familiaux aux affaires de la France, ses choix diplomatiques incertains, …

Il voulait créer la rupture : il aura gouverné comme aucun autre président de la Vème République mais on ne retiendra sans doute, s'il est battu à ces élections, que les écarts et les erreurs.

 

François Bayrou

Comme je l'ai dit précédemment, c'est le candidat dans lequel je me reconnais le plus. Je suis sensible à sa pondération et je reconnais en lui sa capacité à poser de bons diagnostiques. J'avais été sensible, notamment, à son discours sur la dette en 2007 et la nécessité d'avoir des budgets équilibrés.

Si je suis prêt à encore voter pour lui, est-ce pour autant un vote de conviction ? Non. Hélas, devrais-je ajouter ! Certes, si j'en juge le résultat de l'étude faite par Koz, ainsi que celle de Rue89, il est le candidat des "cathos". Et pourtant, pour lui aussi, j'émets quelques réserves.

D'abord, d'un point de vue purement politique, on ne voit pas bien avec qui il pourrait gouverner et cela pèse sans doute dans ses mauvais sondages dont nous verrons s'ils sont confirmés dimanche. Son programme comporte lui aussi des points étonnants. Je pense notamment à son approche sur les familles homo et sur la GPA. Je ne souscris pas à son analyse qui consiste à décréter que, parce qu'il y a des situations de fait, il faut les légaliser.

 

Et le second tour ?

Si les sondages d'aujourd'hui sont confirmés dimanche, le second tour aura lieu entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

A moins d'événement particulier ou décision nouvelle et spectaculaire d'un ou des deux candidats, j'ai décidé de voter blanc.

Je ne veux pas d'un président aux méthodes que je considère comme brutales et pour qui j'ai une certaine antipathie (c'est criticable, sans nul doute, mais c'est ainsi). Je ne voterai donc pas pour Nicolas Sarkozy.

Je ne peux me résoudre à voter pour un candidat qui veut légaliser l'euthanasie, favoriser l'IVG à tout crin, permettre l'adoption par les couples gays ou les personnes seules. On touche là, finalement, aux points non négociables évoqués par le Pape et relayés par les évêques français.

Voter blanc n'a pas forcément bonne presse et certains y voient, au moins pour les catholiques, un fourvoiement irresponsable puisque le résultat irait à l'encontre du but recherché (les PNN par exemple). J'ai lu avec intérêt le billet publié par Charles Vaugirard sur son blog. Mais il ne m'a pas convaincu entièrement.

J'ai décidé, pour quelques raisons évoquées plus haut, de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy. Il n'est pas le président que je souhaite pour la France. Son opposant devrait être (je mets les réserves de rigueur, sait-on jamais ?) un candidat pour qui j'aurais voté s'il n'avait pas dans son programme quelques points qui font que je ne peux voter pour lui. Je me trouve donc dans le cas de figure où je ne donne pas mon bulletin à celui qui aurait dû l'avoir.

On me rétorquera, et c'est l'un des arguments de C. Vaugirard, qu'en votant blanc, je prends le risque que F. Hollande soit élu et donc que les points honnis du programme deviennent des lois dans les prochaines semaines ou mois. C'est un risque, effectivement. Mais je m'accroche à l'idée que les lois sont préparées par le gouvernement et votées par l'assemblée nationale et que nous ne pouvons préjuger de la composition ni de l'un ni de l'autre pour l'instant. Une proposition de loi peut d'ailleurs se contester et on a vu plus d'un gouvernement reculer devant les pressions d'une partie de l'opinion.

Je fais finalement mien l'argument suivant, trouvé ici : 

Si un candidat est élu alors que nous avons voté blanc, la responsabilité de son élection n’est pas imputable à celui qui a décidé de ne voter ni pour lui ni pour son adversaire. La vraie responsabilité en revient à ceux qui ont voté pour ce candidat.

  1. je mets les guillemets car la pondération entre les différents critères est celle de Koz ; de plus, l'un des critères est ouvertement subjectif ; ceci dit, le travail, lui, est complet, lisible, référencé et donc "objectif" []
  2. Mais là n'était pas son but []
  3. Je travaille dans le spatial, je serais donc plus que favorable à une telle augmentation []