Hommage aux morts

En premier, une pensée pour ces victimes innocentes, tuées par Mohamed Merah. Une pensée pour leurs proches dont la douleur doit atteindre l'incommensurable. Pour les blessés, dont certains luttent encore pour leur vie. Ils sont et seront encore dans mes prières.

Difficile de ne pas mettre beaucoup d'affectif quand sa fille descend du bus à quelques encablures de la rue de l'école juive attaquée, quand on connait le quartier dont était natif Merah, quand on s'est promené tant de fois dans la désormais tristement célèbre rue du Sergent-Vigné, quand on croise le samedi les membres de la communauté juive du quartier Bonnefoy.

Difficile de ne pas être pris de vertige quand on constate la somme d'enchaînements malheureux qui font que les victimes ont été tuées : un vendeur de moto qui a le malheur d'ajouter à son annonce, sans doute comme gage de sérieux, qu'il est militaire ; trois copains qui vont chercher de l'argent à un distributeur au mauvais moment ; ces enfants et adultes du collège arrivés trop tôt ou trop tard et qui sont pris comme proie de substitution.

La vie peut ne tenir qu'à un fil. Elle ne tient qu'à un fil d'ailleurs.

Dans ce déferlement d'images et de commentaires, un hommage aux morts a plus particulièrement retenu mon attention parce qu'il a été d'une grande sobriété. C'est celui rendu par cette une de Libération.

Il sera toujours temps de revenir sur les éventuelles failles de l'enquête et de l'action menée pour l'attraper, tout comme il sera toujours temps d'en évaluer les conséquences politiques.

 

Des ruptures subies à celles assumées

Deux choses m'ont plus particulièrement interpelé. Dois-je préciser que les lignes qui suivent ne sont pas une tentative d'excuse pour ces actes odieux ? La vérité est que je ne trouve pas d'excuses à un gars qui va tuer froidement des personnes, qui plus est des enfants. Tout au plus on peut chercher des explications. Mais explication ne vaut pas disculpation, que les choses soient donc bien claires.

Une des choses qui m'a étonné, avant de même de connaître l'issue fatale, concerne l'attitude de la mère de M. Merah. Elle est interpelée par la police, on lui explique ce que son fils a fait (ou est présumé avoir fait), qu'il est cerné chez lui, qu'il n'a aucune chance de s'en sortir. On lui propose d'aller lui parler. Et contre toute attente, elle refuse, au prétexte qu'elle n'a, dit-elle, pas d'influence sur lui. J'ai du mal à comprendre. Était-elle dans le coup ou au courant ? Était-elle à ce point résignée, par ce fils multirécidiviste, qu'elle n'a même pas eu envie de lui dire un dernier mot ? Est-ce le dégoût de ses actes odieux qui lui a ôté l'envie de lui parler ?

Il est probable que cela n'aurait changé en rien l'issue fatale. Mais quand même ! ne pas vouloir tenter l'ultime geste qui pourrait, peut-être, modifier le cours des choses !

On apprend aussi que M. Merah n'a pas connu, ou très peu, son père. Que celui-ci est reparti en Algérie, laissant en France sa femme et ses enfants. Qui osera dire les drames engendrés par ces familles éclatées où le peu d'autorité restant vole alors en éclat à la première rebuffade ? Est-ce que cette société, qui promeut la satisfaction personnelle avant l'accomplissement de ses devoirs, saura se remettre en question ?

Certes, tous les enfants qui n'ont pas connu de père ne deviennent pas des tueurs en série. Et on doit sans doute trouver des assassins ayant eu une enfance choyée. Mais on sait – le père Guy Gilbert l'a écrit maintes et maintes fois dans ces livres – les ravages que peuvent faire ces blessures d'enfance.

Un dernier mot. Aujourd'hui avait lieu un rassemblement, place du Capitole à Toulouse. Une belle banderole avait été déployée sur laquelle était inscrit : "Vivre ensemble :  égalité, pluralité, dignité".

Ne trouvez-vous qu'il manque un mot ? Celui qui est au frontispice de chaque mairie ?

C'est le mot "Fraternité".

 


Addenda du 24 mars 2012

Un article intéressant, intitulé "Pas de père, pas de repère", a été publié sur Rue89 : je n'en avais pas connaissance au moment où j'ai écrit ce billet. C'est à lire ici.

La Dépêche donne une première réaction de la mère de M. Merah, par l'entremise de son avocat : à lire ici, cela répond à une partie de mes interrogations la concernant.