En ce début de temps de carême, le pape Benoit XVI a envoyé à tous les chrétiens un message articulé autour de ce passage de la lettre aux Hébreux : "Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les oeuvres bonnes" (He, 10,24). Ce message est disponible ici MessageCareme2012BenoitXVI.

La pape articule son message en décryptant les trois parties de cette injonction de saint Paul : "faisons attention", "les uns aux autres" et "pour nous stimuler dans la charité et les oeuvres bonnes".

La partie la plus développée du message a trait au "faisons attention", que Benoit XVI décline en plusieurs éléments tout en mettant l'accent sur un point en particulier.

Faire attention à l'autre inclut bien évidemment de lui apporter l'aide et le soin dont il a besoin. Ce qui passe par une sollicitude et une fraternité qui, trop souvent, nous fait défaut. Ce manque de fraternité, à l'échelle du monde, est criant et Paul VI, en 1967, pointait que le mal du monde résidait grandement dans le manque de fraternité entre les hommes et les peuples.

Benoit XVI va plus loin et insiste sur l'importance de considérer tous les aspects auxquels nous devons prodiguer du soin aux autres : aspect physique, aspect moral et aspect spirituel. Un des passages importants de ce message, me semble-t-il, est celui-ci :

« Prêter attention » au frère comporte aussi la sollicitude pour son bien spirituel. Je désire rappeler ici un aspect de la vie chrétienne qui me semble être tombé en désuétude : la correction fraternelle en vue du salut éternel.

 

La correction fraternelle

Comme le dit Benoît XVI, cette correction fraternelle est tombée en désuétude. Jusqu'à quand a-t-elle eu cours ? Est-ce un des effets post-Vatican II ? Je ne sais pas. Je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu mise en oeuvre, sauf par les prêtres, j'y reviens plus loin.

La correction fraternelle nous a été enseignée par Jésus lui-même (Ma, 18, 15-17). Elle a été mise en pratique par les premières communautés chrétiennes comme le montrent les lettres et épîtres de saint Paul. Les paroles de Jésus sont très fortes, elles sont aussi très fermes.

Mon problème est que je ne sais pas vraiment comment faire pour les mettre en oeuvre. A la rigueur, aller voir, seul à seul, mon prochain pour lui dire qu'il a péché, peut-être. Et encore, qui suis-je pour lui dire ? Je le conçois pour mon épouse ou mes enfants. Je l'imagine mal pour un paroissien ou quelqu'un dont je ne suis pas assez proche. Quant à aller dire à la communauté qu'un ou une tel(le) a péché et refuse de s'amender, pour être tout à fait honnête, je l'exclue.

C'est, à la vérité, un dur constat que de remarquer que je ne suis pas capable de suivre les paroles de Jésus.

Benoît XVI ouvre d'autres perspectives par rapport à cette correction fraternelle. De la responsabilité spirituelle que nous avons vis-à-vis de nos frères, Benoît XVI nous engage  à ne pas nous taire face au mal. Que celui-ci soit fait par un Etat ou par notre cousin. Et ce monde qui a aboli la limite entre le bien et le mal en a sûrement bien besoin. D'autre part, Benoît XVI insiste sur l'esprit qui doit prévaloir lors de la correction fraternelle : miséricorde, amour, douceur.

 

En pratique

J'imagine que cette correction fraternelle est vécue dans les communautés religieuses. Dans une communauté paroissiale, où il faut reconnaître que les liens entre paroissiens sont parfois un peu ténus, cela me semble plus difficile.

Pour ce qui me concerne, comme je l'ai dit plus haut, je me sens assez peu capable d'admonester un membre de ma communauté paroissiale. D'ailleurs, comment réagirais-je moi-même dans la situation inversée ? Accepterais-je facilement d'être repris par un autre qui ne soit pas un proche ?

Je ne vois pas en pratique, aujourd'hui, que le prêtre qui puisse jouer ce rôle. De par son autorité, et parce qu'il est le représentant du Christ.

J'ai sans doute une vision un peu étriquée de la vie paroissiale. Ce temps de carême me donnera peut-être l'occasion d'y réfléchir un peu plus.