De nombreuses personnes, y compris parmi des catholiques pratiquants, semblent éprouver une gêne vis-à-vis de la prière de demande. Et c'est une prévention que je remarque souvent, aussi, chez les catéchumènes.

Il me semble intéressant de réfléchir à cette attitude qui, finalement, en dit long sur notre relation à Dieu.

A contre-courant de notre société

Est-ce ce puissant courant individualiste qui parcourt notre société qui fait que demander quelque chose est une démarche à bannir ? J'ai tendance à le penser. Je parle bien de la demande car il est non moins évident que l'attitude d'aujourd'hui consiste à prendre ce que l'on peut, mais sans en avoir fait au préalable la demande.

On veut tout, tout de suite. Demander quelque chose, c'est d'abord risquer de se la voir refuser. Ou de n'avoir une réponse dans un délai qui ne nous convient pas. Demander, c'est finalement se mettre en situation de faiblesse puisqu'on se met en situation de dépendance (l'attente de la réponse). Bien peu acceptable par les mentalités actuelles.

J'ajouterais que, tout tourné vers lui-même, l'homme moderne poursuit le mythe de se faire tout seul. Ce sentiment, très fort aux Etats-Unis, pays pourtant très religieux par ailleurs, imprègne nos vieilles sociétés européennes. L'homme est au centre de tout, le moyen de tout, la fin de tout. Hors de lui, point de salut.

Et si l'on consent à demander des choses pour les autres, pour ses proches, on le refuse pour soi-même. Il est amusant, comme je l'entends souvent dire, d'entendre l'argument de ceux qui refusent ou n'osent pas la prière de demande : "je trouve cela trop égoïste de demander des choses pour moi" ! Alors que j'ai le sentiment inverse : c'est bien par égoïsme – et plus encore par narcissisme – que l'on refuse d'accepter ce schéma-là.

Ce que nous dit Jésus

Jésus nous a enjoint à demander. Relisons ces versets de l'évangile de saint Matthieu : "Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre ? ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient !" [1]

C'est plus que clair et ne souffre aucune interprétation. Cela surprend souvent les néophytes, découvrant du même coup que Jésus était et est proche de nos préoccupations. [2]

Fondement de notre liberté

Dieu nous laisse libre. Libre de Le choisir. Ou libre de se détourner de Lui. Adam et Eve nous montrent comment deux êtres qui ont tout eu de Dieu ont, sous l'effet de la tentation, choisi de se détourner de Dieu. Jésus, lui-même, au Mont des Oliviers, a choisi librement de suivre le Père.

Selon moi, la prière de demande participe de cette liberté. Nous ne sommes pas des marionnettes pour lesquelles Dieu s'occupe de tout, malgré nous. Non. Nous devons nous mettre en chemin vers Lui. En Lui demandant de m'aider, en Lui demandant de m'apporter de ce qui me manque, en Lui confiant mes proches, mes amis, mes ennemis, mes frères, je fais, librement, un pas vers Lui.

 

Quelques difficultés

Cependant, la prière de demande ne va pas sans difficulté. C'est à vrai dire assez normal : suivre Dieu, avec confiance, n'est pas facile et le chemin est trop souvent semé d'embûches.

La difficulté la plus forte est celle de penser que Dieu ne répond pas à nos demandes. Combien de fois ai-je entendu des gens me dire qu'ils pensaient alors que Dieu se détournait d'eux, s'en moquaient ? Ce sentiment, nous l'avons tous eu, je pense, au moins une fois.

Oui, on peut penser que Dieu ne nous répond pas. La tentation est alors grande de s'en détourner. Caprice du petit enfant qui, lorsqu'on n'accède pas à ses désirs, se détourne et passe à autres choses.

Car Dieu doit-Il satisfaire tous nos désirs ? Même les plus puérils ou superficiels ? Peu oseront l'affirmer, mais beaucoup le pensent au fond d'eux-mêmes.

Dieu nous aime

Dieu satisfait nos besoins. Dieu nous guide et nous amène à Lui. Mais les chemins qu'Il nous proposent ne sont pas les nôtres. Parce que l'Amour auquel Dieu nous appelle, son Amour, Lui qui n'est qu'Amour, est incompatible avec nos désirs égocentristes. Alors parfois, souvent, nous pouvons penser que Dieu n'accède pas à nos désirs.

Mais Il répond aux besoins de ceux qui ont soif de Lui.

  1. Ma, 7, 7-11 []
  2. Notons, tout de même, que là comme pour d'autres sujets, Jésus n'est venu qu'accomplir l'ancienne loi ; on trouve de multiples exemples de prières de demande dans l'Ancien Testament []