Il est toujours triste d'apprendre la mort de quelqu'un. J'ai été attristé ce matin en apprenant la mort de Steve Jobs, l'ancien PDG d'Apple. Le fait était prévisible – il luttait contre un cancer du pancréas – et sa démission au mois d'août dernier n'augurait rien de bon.

Je ne suis pourtant pas au diapason du concert de louanges et d'émotions qui étreint le monde, et largement relayé par le monde médiatique. Je ne connaissais pas Steve Jobs, je veux dire pas personnellement. Je ne suis, pour être honnête, pas vraiment affecté par sa mort.

Cependant, cette vague d'émotion et de compassion en dit long sur notre époque. Certains ajouteront : époque que Steve Jobs aura contribué à façonner. Certes.

En parcourant les forums et autres sites des afficionados d'Apple, beaucoup font part d'une émotion forte, sans aucun doute sincère. Pourtant, la majeure partie de ces personnes qui pleurent aujourd'hui ne connaissait pas Steve Jobs. Pas personnellement. Ne l'avait même jamais croisé. Steve Jobs, pour eux, était donc l'homme de ses fameuses "keynotes", présentations un brin narcissique des nouveaux produits de la marque, au rythme de deux ou trois par an.

On peut être ému par le décès d'une personne qu'on n'a jamais rencontrée. D'un acteur de cinéma ou d'une vedette de télévision, souvent. Plus rarement d'un écrivain ou d'un peintre. Un artiste, notamment les acteurs par leurs différents rôles, nous donne accès à autre chose que ce que nous sommes ou que ce que nous vivons. On grandit par leurs oeuvres, on a parfois accès à des émotions insoupçonnées que nous n'aurions jamais eu sinon. On peut alors s'attacher à l'homme, on se croit alors familier de tel ou tel acteur, leur mort sonne alors le glas de cette relation virtuelle.

Steve Jobs était suffisamment charismatique pour qu'un attachement de cet ordre-là s'opère chez des milliers de personnes, apparemment.

Sauf que Steve Jobs n'était pas un artiste. C'était un inventeur, peut-être de génie, doublé d'un homme d'affaires, sans doute très efficace. Steve Jobs a juste inventé des bidules technologiques, certes très pratiques et diablement ingénieux, que le monde s'est empressé d'acheter. [1].

L'émotion après l'annonce de la mort de Steve Jobs en dit finalement long sur l'attachement quasi atavique à ces objets. C'est sans doute l'époque qui veut cela.

Pourquoi n'y vois-je que le reflet de ce matérialisme ambiant dont je ne vois pas, fut-ce à ventes forcées d'iPhone ou d'iPad, qu'il nous mène au bonheur ?

  1. je suis moi-même possesseur de ces différents bidules []