Nous commémorons donc en ce 11 septembre 2011 les terribles attentats commis il y a 10 ans. Tout le monde a vu les terribles images, tout le monde les revoit aujourd’hui, elles ont tendance à tourner en boucle sur la plupart des télés.

Au-delà du souvenir ému et douloureux, nous devons néanmoins nous interroger sur ces attentats et sur ce qui s’est passé depuis.

Je n’ai aucune sympathie pour Al-Qaida. Elle n’est qu’une organisation terroriste de plus, comme tant d’autres ont existé auparavant, comme il en existera sans doute pendant encore longtemps. Elle a juste réussi les plus effrayants attentats jamais réalisés, et est parvenue à ébranler les État-Unis sur son propre sol.

La politique des État-Unis n’est pas une politique d’enfants de choeur. Elle est même cynique et abjecte quand il s’agit, pour elle, de privilégier ses intérêts les plus mercantiles ou de pouvoir. En ce sens, on peut comprendre que les attentats d’Al-Qaida étaient une réaction à cette politique. Il ne s’agit évidemment pas d’excuser la lâcheté des uns ni le cynisme des autres. Mais enfin, tous les observateurs avertis ont interprété le signal envoyé par Ben Laden à cette aune : face aux humiliations subies, la seule réponse, trop souvent, est celle d’une violence gratuite.

On aurait pu espérer que de ce 11 septembre 2001 funeste sorte autre chose que ce qu’on a vu depuis 10 ans. Il y a certes quelques espoirs, mais ils me semblent si minces que j’ai plutôt le sentiment que rien n’a changé.

Qu’avons-nous donc vu depuis 10 ans ?

Un pays, l’Afghanistan, qui reste clivé et en partie aux mains des talibans, qui a reçu des milliers de tonnes de bombes et pour lequel près de 80 soldats français sont morts. J’ose encore espérer que dans quelque temps, nous pourrons nous dire qu’ils ne sont pas morts pour rien.

Un autre pays, l’Irak, libéré de son tyran, au prix de milliers (et sans doute plus encore) de morts civils et dont, aujourd’hui, on ne peut dire que les choses vont mieux qu’auparavant. Et ni dans la méthode choisie pour justifier l’attaque – les mensonges de l’administration américaine, la connivence tacite de tant d’autres pays -, ni dans le fait que l’Irak était étranger aux attaques du 11/09, je ne trouve un motif de supériorité de notre civilisation.

Car il s’agit bien d’un choc de civilisation : il est clair qu’Al-Qaida a joué cette carte, à laquelle l’administration Bush s’est empressée de répondre avec le même argument. Les chrétiens de beaucoup de pays subissent, en terre musulmane, l’oppression, la peur, les attentats, les meurtres.

J’ai cru, en cette fin 2001 et au début de l’année 2002, que ces attentats seraient l’occasion de changer les choses du monde. Force est de constater que rien n’a vraiment changé : l’occident reste attaché à son bien-être – j’allais dire à sa cupididité -, le monde arabe reste englué dans ses vieux schémas, rien n’est vraiment fait pour résoudre le problème palestinien, etc, etc.

Reste quelques espoirs malgré tout. Ben Laden est mort et Al-Qaida semble en perte de vitesse. Surtout, elle a échoué sur un point fondamental : là où elle espérait voir appliquer la loi islamique la plus dure, elle a vu naître diverses révolutions au printemps dernier, en Tunisie, en Égypte, en Syrie dans lesquelles elle semble n’avoir que peu de prise. Ces révolutions ont aussi eu le mérite de montrer que les musulmans avaient eux aussi des aspirations simples de justice et de démocratie.

Notre force, à nous chrétiens, c’est d’espérer et de vouloir oeuvrer à un monde meilleur. Prions donc, encore et toujours, pour les victimes des attentats du 11 septembre 2001 (cela vaut peut-être mieux que de regarder en boucle les images morbides des tours s’effondrant), prions pour nos dirigeants et oeuvrons là où nous sommes pour un monde pacifié et plus juste.

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Crédit photo : photo prise par Philipp Caper en 1991, montrant les tours du WTC dans une tempête (http://www.flickr.com/photos/flissphil/5283579/)