Ainsi, l'homme le plus recherché de la terre depuis le 11 septembre 2001 a été tué par les forces américaines le dimanche 1er mai 2011. Cet homme s'appelait Oussama Ben Laden.

Avant que d'aborder le sujet d'un point de vue catholique, quelques réflexions "géopolitiques". 10 ans d'une traque intense, 10 ans pour trouver l'homme responsable des pires attentats perpétrés sur le sol américain. Finalement, les tonnes et les tonnes de bombes lâchées n'auront finalement pas eu raison du bonhomme qui se terrait dans une petite bourgade du nord-ouest du Pakistan depuis 2005 ou 2006. Non, c'est une filature "à l'ancienne" qui aura permis de le localiser et de l'appréhender. C'est une victoire d'ordre militaire et, à ce titre, je m'en réjouis. Est-ce pour autant la fin du terrorisme perpétré par Al-Quaida ? Probablement pas. Mais une guerre se gagne en gagnant des batailles, et cette bataille-ci, sans être déterminante, aura finalement été probablement décisive.

Quittons le champ de la politique et de la guerre pour appréhender celui de l'éthique, et plus particulièrement de l'éthique chrétienne. Peut-on et doit-on se réjouir de la mort de Ben Laden ? Peut-on se satisfaire de ce que j'ai pu entendre à droite et à gauche ?

Comme beaucoup je pense, je n'ai pas versé de larmes sur la mort de ce sinistre personnage. Lorsqu'un homme répand le mal de manière aussi forte et volontaire, on ne peut qu'être soulagé de sa disparition. Le soulagement est du même ordre que celui qui prévalut lorsqu'Hitler, Staline ou Pol Pot ont trépassé.

Un point de vue chrétien

Au-delà du cas Ben Laden, peut-on se réjouir de la mort d'un homme ? Non, bien sûr. Non seulement se réjouir de la mort de quelqu'un est anti-chrétien, mais Jésus nous a demandé bien plus que cela : Il nous a demandé de prier pour nos ennemis. Prier pour Ben Laden. Prier pour Hitler, pour Staline, pour Pol Pot. Oui, cela dépasse l'inimaginable. J'ai du mal avec cela. Je sais pourtant que c'est ce que je devrais faire, mais je bloque. Et encore, je n'ai pas été touché par les actions de ces hommes. Pourtant, il y a là quelque chose qui achoppe. Sans doute ce qui me sépare, en tant qu'homme, de la nature du Père. Le Seigneur dit à Ste Catherine de Sienne : "Tu es celle qui n’est pas (…). Je suis celui qui est".

Une autre chose m'a gêné dans les discours tenus par les hommes politiques après l'annonce de la mort de Ben Laden. J'ai entendu souvent la phrase "Justice est faite". Elle a été prononcée par Barak Obama, président des Etats-Unis et par Nicolas Sarkozy, président de la République française. Et là, je ne marche plus. Quoiqu'ait pu faire un homme, la dignité veut qu'il ait droit à un procès. Dire "justice est faite" après un tel acte,  c'est admettre que la loi des armes prévaut, qu'un duel bien mené vaut mieux qu'un procès. C'est, finalement, légitimer l'auto-défense. Pourtant Jésus n'a-t-il pas ordonné à Pierre de ranger son épée lors de son arrestation ?

Je rejoins donc l'analyse de Bruno Roger-Petit qui rappelle opportunément que la dignité d'Israël et des chasseurs de nazis fut, non pas de les exécuter sommairement – et ce n'est pas l'envie qui devait leur manquer – mais de permettre les procès, dont celui de Nuremberg. Dignité de l'homme quoiqu'on puisse penser de lui ou de ces actes, dignité des démocraties qui refusent comme seule réponse la loi du Far West.

Dernier point : ironie de l'histoire, Ben Laden a été tué le jour de la béatification de Jean-Paul II et du dimanche de la Miséricorde. Miséricorde, vous avez dit miséricorde ?