L’affaire DSK est un peu retombée en attendant le 6 juin 2011, date de la prochaine audience. Je n’ai pas tout lu ni tout vu de ce qui a été écrit et dit à propos de cette affaire, mais il me semble que les arguments apportés par les uns et les autres ont omis – à dessein ? – de mettre en valeur un élément : celui de la morale.

Mais avant de développer quelque peu ce point, revenons brièvement sur les arguments entendus :

  • la présomption d’innocence, rappelée avec tant de force par les partisans de DSK ;
  • la présomption de véracité (sic), rappelée avec vigueur par les féministes et tous ceux, hommes compris, sensibles à la position difficile de la plaignante dont rien, au moment où j’écris ce billet, ne permet de dire qu’elle a menti ;
  • l’éthique des journalistes et des confrères politiques de DSK : puisqu’ils savaient que l’homme avait, semble-t-il, un comportement pas toujours adapté avec la gente féminime, pourquoi n’ont-ils rien dit ? Notons que certains ont dit [1]. Cependant, il convient de noter que, d’une part, ​tous les séducteurs, fussent-ils compulsifs, ne deviennent pas violeurs, d’autre part, un silence bienveillant permet au bon peuple de ne rien savoir des frasques, prétendues ou réelles, de tel ou tel détenant du pouvoir ;
  • enfin, beaucoup a été dit sur la justice américaine : trop médiatisée, et donc biaisée, disent les uns ; sans préjugée répondent ceux qui disent que pareille situation aurait été étouffée en France ; inégalitaire s’accordent à dire presque tous puisqu’une fortune personnelle permet de changer une cellule glauque de 10 m2 pour une luxueuse villa de 600 m2…

Tous ces points sont intéressants et méritent d’être abordés et discutés. Même si, le soufflé médiatique retombant, je crains qu’on n’aille pas très loin dans la réflexion.

L’élément, donc, qui me semble-t-il, n’a pas vraiment été abordé est celui de l’éthique personnelle et de son rapport à la chose publique. Car finalement, le fond de l’affaire est celui-là : peut-on avoir une vie dissolue et s’occuper de la chose publique ? quelle doit-être, ou devrait-être, la place de la morale dans tout cela ?

Je sais que le mot « morale » est désuet et n’est plus tellement audible dans notre société. Société qui veut croire, peut-être avec raison, qu’un homme public peut avoir deux vies absolument cloisonnées et étanches : une vie publique parfaite selon des codes de déontologie acceptés par tous, une vie privée où tout serait permis…

Je n’ai pas de réponse tranchée à toutes ces questions. Il me semble néanmoins que cette séparation est difficile à opérer, qu’on ne peut impunément faire n’importe quoi dans sa vie privée sans que cela n’ait quelques impacts dans sa vie publique. Que les exemples récents d’anciens dirigeants, de François Mitterrand à Jacques Chirac, montrent qu’à un moment ou à un autre l’une déborde sur l’autre.

Tout cela est humain, trop humain. Le pouvoir offre tellement de facilités, permet tant de choses. Qui saurait résister à la tentation de se croire tout permis ? Faut-il aller vers une approche pratiquée par les pays du Nord de l’Europe où on ne laisse rien passer aux ministres ? C’est ce débat-là qu’il nous faudrait avoir : bien plus intéressant que celui qui consiste à plaindre tour à tour un ancien directeur du FMI et une femme de chambre, sans prendre aucun recul.

Hier, l’Église nous proposait comme 2ème lecture, la première lettre de saint Pierre : « Frère, c’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos coeurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ. Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal. C’est ainsi que le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a été rendu à la vie. » [2]


Ajout du 1er juin 2011

J’ai regardé lundi soir (le 30 mai 2011) l’émission « Mots croisés » diffusée sur France 2. La question de la morale a été abordée, ainsi que de l’interférence entre vie publique et vie privée. Avec ce bon mot d’Alain Finkielkraut : « Quel est le plus grand président américain au regard de l’histoire ? John Kennedy l’érotomane furieux ou George Bush le triste monogame ? » Mais qui ne me convainct qu’à moitié. D’abord, la monogamie n’est pas triste ! Ensuite, reste à savoir si JFK fut effectivement un grand président. Certes, JFK était glamour et charismatique. Il avait du charme. Il était séduisant. Doit-on, au nom de tout cela, oublier ce qui fâche ?  A la guerre en Irak de Bush, on pourrait opposer l’implication croissante des USA dans la guerre du Vietnam, sous l’impulsion de JFK. Ou l’élection avec des voix de la mafia.

Bref, pas facile de démêler l’écheveau.

  1. le journaliste Jean Quatremer sur son blog par exemple []
  2. chapitre 3, 15-18, traduction AELF []