Je ne montrerai pas la photo, objet du scandale. Je ne vous donnerai aucun lien vers les nombreux, trop nombreux articles qui traitent de l'affaire. Votre moteur de recherche préféré vous orientera.

Donc, un photographe a pris, dans les années 80, une photographie d'un crucifix plongé dans un verre d'urine. Cette photo fait partie d'une exposition qui se tient actuellement à Avignon. Cette photo crée l'émoi.

Cette photo me révulse. Non pas tant par ce qu'elle montre que par ce qu'elle dit. C'est surtout le titre de la photo qui créé le scandale, pas tellement la photo en elle-même [1]. Et elle a indigné de nombreux catholiques, dont l'évêque d'Avignon, Mgr Cattenoz. Vous connaissez sans doute la suite des événements : une manifestation a été organisée, puis deux individus se sont introduits dans le musée et ont cassé le plexigas qui recouvrait la photo en question [2].

Donc, pour résumer :

  • Une exposition a lieu, montrant une photo blasphématoire, pourtant maintes et maintes fois exposée depuis 25 ans ;
  • Beaucoup de croyants s'indignent, se sentant offensés ;
  • L'évêque du lieu proteste officiellement et demande le retrait de la photo ;
  • Des individus "détruisent" la photo ;
  • Les medias tombent à bras raccourcis sur les auteurs, très probablement issus de la sphère traditionaliste, qualifiés d'intégristes d'extrême-droite [3];
  • Le photographe, aidé en cela par les bien-pensants de tous bords, se défend d'avoir blasphémé, se prétend même chrétien.

Que peut-on dire d'un tel charivari ? Et comment prendre position en son âme et conscience ?

Que quiconque pour qui le Christ représente quelque chose, pour qui le crucifix représente tant de choses, se sente indigné, cela est normal. Et compréhensible. Et la protestation de Mgr Cattenoz disait bien cela et s'était donc fait le porte-parole de tous.

Fallait-il aller plus loin ? Je ne le crois pas. En effet :

  • La réponse violente à une attaque elle-même violente conduit souvent à l'effet inverse de celui recherché : l'agresseur se trouvant agressé, il a beau jeu alors de jouer les vierges effarouchées ; et c'est ce que l'on voit en effet maintenant ;
  • Pire encore, les catholiques sont mis dans le même sac informe des intégristes d'extrême-droite ; voyez, disent-ils, votre intolérance face à l'art contemporain (sic) conduit les extrémistes à se servir de votre indignation pour aller faire de la casse ;
  • Enfin, et surtout, cette photographie serait restée ignorée de la plupart si ces actions malheureuses ne lui avaient donné, finalement, un éclairage qu'elle n'avait initialement pas ; et, en tant que catholique, cela me gêne et m'attriste.

On voit bien, surtout, à qui sert cette polémique : aux nostalgiques de la chrétienté toute-puissante, des croisades, des guerres de religion, avec moult amalgames du style : "Ah, ils n'auraient pas osé faire cela au Coran".

Bref, je crains que cet épisode, que je veux croire assez mineur, ne montre la stratégie nouvelle de certains milieux qui veulent en découdre. Puissent-ils, avant de se croire les nouveaux croisés, sauveur de la Chrétienté, relire les paroles suivantes : "C'est pourquoi, je vous le dis : Dieu pardonnera aux hommes tout péché, tout blasphème, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas pardonné. Et si quelqu'un dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera pardonné, mais si quelqu'un parle contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné, ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir." [4]

  1. la photo semble avoir été tirée en forçant sur les tons jaune et rouge, sans explications, il serait difficile d'en dire plus []
  2. plus une autre photo du même auteur qui, elle, n'était en rien blasphématoire []
  3. notons que l'on dit maintenant que l'évêque serait lui-même finalement assez proche du milieu traditionaliste, je n'en sais à vrai dire trop rien []
  4. Ma, 12, 31,32 []