Il y a deux semaines environ, soit vers la mi-carême, j'ai reçu deux coups de poignard dans le coeur. De ces paroles et actes qui meurtrissent, qui blessent, qui font mal. Qui obsèdent alors l'esprit, qui troublent la concentration et le sommeil, qui coupent l'appétit. Ces deux coups de poignard sont arrivés à quelques jours d'intervalle, l'un venant du côté familial, l'autre du côté professionnel.

J'étais perdu, groggy, dans les cordes. Angoissé surtout. Et l'angoisse est mauvaise conseillère. D'abord parce qu'elle tétanise, ensuite parce qu'elle incite au repli sur soi, aux représailles, à rendre coup pour coup.

Pendant quelques jours, j'ai penché de ce côté-ci.

Et puis…

Et puis, j'ai demandé à Dieu de me faire signe, de m'aider dans ce qui s'apparentait à un naufrage intime, lent et inexorable. Un "nervous breakdown" comme aurait dit Audiard. J'ai demandé et Dieu m'a exaucé. Il m'a envoyé exactement le signe qu'il me fallait. Oh, ne vous attendez pas à ce que je vous dise que mes "ennemis" ont été foudroyés ou que tous les problèmes ont été résolus. Certes non ! Un signe, infime, tellement léger que j'aurais pu ne pas le voir. Juste un "Je suis là, reprends confiance, tu vaux mieux que ce qu'on dit de toi".

Un signe qui ne résout rien, mais qui m'aide à affronter les difficultés avec courage, lucidité et charité. Que demander de plus ? 

Je vois un autre signe dans ce qui m'arrive. Nous sommes en cette période de carême et je suis convaincu que j'aurais vécu différemment ces événements à une autre période. La prière plus assidue, cette volonté de vivre pour Dieu et par Dieu, même avec toutes mes limites, même avec cette propension récurrente à tourner la tête ailleurs, m'ont aidé. Je me rends compte aussi à quel point l'humilité est une vertu essentielle. Humilité vers Dieu, humilité vers les autres, surtout vers ceux qui en ont contre moi [1].

L'Écriture est d'un grand secours. "Un jour, Jésus monta en barque avec ses disciples, et il leur dit : « Passons sur l'autre rive du lac. » Et ils prirent le large. Pendant qu'ils naviguaient, Jésus s'endormit. Une tempête s'abattit sur le lac. Ils étaient submergés et en grand péril. Ses compagnons s'approchèrent et le réveillèrent en disant : « Maître, maître ! Nous sommes perdus ! » Et lui, réveillé, interpella avec vivacité le vent et le déferlement des flots. Ils s'apaisèrent et le calme se fit. Alors Jésus leur dit : « Où est donc votre foi ? » Remplis de crainte, ils furent saisis d'étonnement et se disaient entre eux : « Qui est-il donc ? Car il commande même aux vents et aux flots, et ceux-ci lui obéissent ! »" [2]

Oui, encore un fois, Jésus a pu se demander où était ma foi. Faible avant, un peu moins maintenant, sans doute, je l'espère en tout cas.

Malgré la douleur, et bien que tout ne soit pas encore résolu, j'ai au moins une belle satisfaction : celle d'avoir pu vivre, en ce temps de carême, quelque chose qui m'aura rapproché de Dieu et des hommes. Je rends donc grâce à Dieu pour cela et parce que j'ai senti, quasiment physiquement, qu'Il est un Père de tendresse et d'amour.

  1. et à qui j'ai fait du tort, j'ai aussi une part de responsabilité dans les coups de poignard mentionnés plus haut []
  2. Lc, 8, 22-25, traduction AELF []