J'ai enfin pu visionner le film de Xavier Beauvois "Des Hommes et des Dieux".

Que puis-je ajouter à ce qui a été déjà dit maintes fois ? C'est un film beau, ample, sans ostentation, et probablement le plus important, c'est un film profondément catholique.

Le film d'abord. Il ne s'agit pas d'un documentaire ni d'un film historique. Le film n'a pas pour propos de de détailler les événements qui se sont passés en Algérie dans les années 90. Il n'explique pas, ou si peu, le contexte politique dans lequel les moines ont été, malgré eux, pris.

Le film évite aussi l'écueil du voyeurisme morbide en évitant de montrer l'assassinat sauvage des sept moines. Tout est centré sur le choix des moines, sur leur cheminement, sur leur foi et leur espérance. 

Pourquoi ce film est-il profondément catholique ? Parce qu'il montre ce qui est au coeur de la foi, au coeur de l'enseignement de Jésus : donner sa vie par amour, dans un choix fait librement. Et c'est parce que le choix des moines de rester est un choix d'hommes libres qu'il a une valeur inouïe. Les moines ont vécu, finalement, ce que le Christ a vécu lui-même : avancer vers le sacrifice, fidèle à leur engagement, confiant dans l'Amour du Père.

Les moines – au moins certains – ont d'abord voulu fuir. Ils ont eu peur. Puis ils ont accepté, librement et de plus en plus sereinement, de rester. De rester par amour : de la terre qui les avait accueillie depuis de nombreuses années, des gens qu'ils soignaient et aidaient. Ils ont considéré avec un sens très aigu ce qu'était leur vie, quel était leur engagement, quelle était leur vocation.

En cette époque où le moindre choix personnel est remis en cause au moindre coup de vent, où la société promeut tout sauf la fidélité et la constance, il est réjouissant de voir un film montrant ce qui est l'essence de l'engagement chrétien : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis" (Jn, 15, 13).

Quelques scènes

  • J'ai beaucoup apprécié les scènes du chapitre où les moines discutent et prennent leurs décisions. Trois ou quatre scènes tout au long du film permettent d'apprécier leurs doutes, leurs craintes, leurs questionnements par rapport à leur vocation, leurs cheminements. Ces scènes sont la véritable colonne vertébrale du film.
  • Frère Luc explique à une jeune fille qu'il a été lui aussi amoureux, il y a très longtemps, mais qu'il a été appelé par un Amour encore plus grand : belle façon de parler de la vocation et de l'Amour de Dieu.

Un bémol

Un reproche, tout de même, dans ce concert de louanges. Il concerne la fameuse scène où, ayant tous fait le choix de rester, les moines mangent ensemble, dans une sorte de Cène vécue à nouveau. On les voit rire, on les voit heureux sur la musique du Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Je ne sais pourquoi mais cette musique, quoique très belle, me semble inadaptée à la scène montrée. Il me semble que l'émotion aurait été plus grande encore – plus intérieure et en continuité avec les prières des moines – avec une musique religieuse (Un Stabat Matter par exemple – celui de Vivaldi ? – ou le Requiem de Fauré). 

Un témoignage

Le Figaro a publié le 6 février 2011 le témoignage de Frère Jean-Pierre, l'un des deux rescapés du monastère. Magnifique. C'est à lire ici.