Quand je vous disais ici que l'on préparait les esprits à la légalisation de l'euthanasie, nous avançons à grand pas. Hier, la commission des Affaires Sociales du Sénat a validé un texte de proposition de loi relative à l'assistance médicalisée pour mourir.

Conspuer l'inanité du texte de loi est sans doute vain. Je ne sais d'ailleurs si ce texte a des chances d'être voté en l'état, mais il en dit long sur cette volonté farouche de vouloir tout maîtriser, même la mort. Bref, encore et toujours le mythe de l'homme tout puissant, maître de son destin, qui a gommé (définitivement ?) Dieu de son champ de réflexion.

Que les athées disent qu'on peut tuer, pourquoi pas ? L'homme n'existe que par lui-même, aucun décalogue ne saurait avoir de prise sur eux. C'est leur affaire. Qu'ils légitiment cet acte par une loi présentée comme une avancée est autrement plus gênant. Surtout quand on lit un peu en détail le texte de loi :

  • "Toute personne capable majeure (…)" : capable de quoi ? est-ce que cela dit, implicitement, qu'elle a les capacités intellectuelles et physiques d'une personne dite normale ? Ou seulement les capacités physiques ?
  • "(…) infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu'elle juge insupportable (…)" : qui définit, et sur quels critères, la souffrance psychique (comme le note aujourd'hui Bruno Roger-Petit dans son blog) ? Comment, et sur quelles bases, accorder crédit à quelqu'un qui juge que la souffrance est insupportable ? Et comment la variabilité d'acceptation d'une personne à l'autre va être appréciée ?
  • "Dans un délai maximum de huit jours suivant cette rencontre, les médecins lui remettent, en présence de sa personne de confiance, un rapport faisant état de leurs conclusions sur son état de santé" : huit jours pour juger de l'état de santé d'une personne, souffrant nécessairement d'une pathologie lourde et dont le contexte joue aussi un rôle prépondérant relève de la gageure. Cela inclut-il aussi l'analyse des souffrances psychiques ? Bref, il va falloir qu'un corps de médecins dédié à cette tâche soit créé car en plus de leur charge, il va falloir en plus qu'ils analysent un dossier qui ne saurait être traité en quelques minutes. Et votre fils, il fait quoi comme spécialité en médecine ? Euthanasieur, m'sieur, nous sommes contents pour lui, c'est une branche en plein développement !
  • "L'acte d'assistance médicalisée pour mourir est réalisé sous le contrôle et en présence du médecin traitant qui a reçu la demande" : le médecin, après avoir traité et avoir lamentablement échoué, est donc "puni" en quelque sorte et doit donc contrôler (en quoi cela consiste-t-il exactement ?) la mort de son patient. Une sorte de maillon faible médical…

On est tout de même heureux d'apprendre que "la personne malade peut à tout moment révoquer sa demande" et que "les professionnels de santé ne sont pas tenus d'apporter leur concours à la mise en oeuvre d'une assistance médicalisée pour mourir ni de suivre la formation dispensée (…)".

Tiens, puisque nous parlons beaucoup de Jean-Paul II en ce moment, voici un extrait de l'encyclique Evangelium Vitae : "Dans ce contexte, la tentation de l'euthanasie se fait toujours plus forte, c'est-à-dire la tentation de se rendre maître de la mort en la provoquant par anticipation et en mettant fin ainsi « en douceur » à sa propre vie ou à la vie d'autrui. Cette attitude, qui pourrait paraître logique et humaine, se révèle en réalité absurde et inhumaine, si on la considère dans toute sa profondeur. Nous sommes là devant l'un des symptômes les plus alarmants de la « culture de mort », laquelle progresse surtout dans les sociétés du bien-être, caractérisées par une mentalité utilitariste qui fait apparaître très lourd et insupportable le nombre croissant des personnes âgées et diminuées. Celles-ci sont très souvent séparées de leur famille et de la société, qui s'organisent presque exclusivement en fonction de critères d'efficacité productive, selon lesquels une incapacité irréversible prive une vie de toute valeur."

Que nous restent-ils faire, nous, croyants dont on tient pour rien les convictions ? Je vous propose deux pistes :

  • écrire à vos sénateurs, dont vous trouverez la liste ici ;
  • écrire à votre évêque pour lui demander d'intervenir dans le débat (il vous faut trouver son adresse email sur le site du diocèse de votre ville).

A toutes fins utiles, je vous joins le courriel que j'ai envoyé aux sénateurs de Haute-Garonne, ainsi que celui envoyé aux deux évêques de Toulouse. Vous êtes libres de vous en inspirer autant que vous le jugerez utile.


Ajout du 20 janvier 2011

Bien sûr, si vous êtes parisiens ou si vous pouvez aller sur Paris, il y a la Marche pour la Vie le dimanche 23 janvier 2011.