Depuis un certain temps, je m'interroge sur les rapports entre la foi et internet. Et l'actualité récente du Vatican montre que cette question est d'actualité. Vous trouverez sur le site du Vatican le message du Pape Benoit XVI intitulé "Vérité, annonce et authenticité de vie à l’ère du numérique", ainsi qu'une synthèse et des commentaires proposés par S. Lemessin.

Je ne vais pas écrire ici une synthèse de ce que le Pape a dit, mais je vais plutôt partager quelques sentiments et réflexions de ce qu'internet m'apporte dans ma vie de croyant.

 

Un rôle dual

Dans mon cas, j'ai un double rôle sur internet puisque j'en suis à la fois un acteur, en écrivant ce blog, et un consommateur, en parcourant divers sites liés à la religion. On peut être acteur d'internet sans forcément tenir de blog mais en contribuant, de manière régulière, à divers sites en les commentant ou en participant à des forums. On peut l'être aussi, j'imagine, par des outils comme Facebook ou Tweeter mais que je ne pratique pas. Je n'en dirais donc rien.

Il se trouve que j'ai commencé à parcourir les sites liés à la religion au moment où j'ai décidé d'écrire. Ainsi, les deux aspects sont assez liés. Je dois avouer que j'ai tout de même hésité avant de me lancer et j'ai, pendant une assez courte période, surfé à droite et à gauche afin de voir comment je pourrais, moi aussi, m'insérer dans ce paysage gigantesque qu'est internet. J'ai aussi passé du temps à chercher une solution technique adéquate, mais ce n'est pas là le propos.

Pourquoi être acteur ?

J'aime bien écrire. Ce fut donc ma motivation première. Pouvoir partager des certitudes ou des doutes, pouvoir commenter l'actualité, religieuse ou non, pouvoir partager, tout simplement, est un luxe qu'offre internet. Sans doute, inconsciemment, j'espérais connaître un succès conséquent, sans doute voulais-je moi aussi diffuser mes idées, avoir la position de l'éditorialiste du journal dont on lit avidement les articles à la une.

Heureusement, l'audience timide des débuts, l'absence de réactions aux billets ont tôt fait de doucher mes espoirs les plus fous et vains. J'eus alors la tentation d'arrêter. Mais si je reconnais volontiers que l'on écrit aussi (et surtout ?) pour soi, on écrit aussi pour être lu. Sinon, à quoi bon ? Internet donne le vertige : potentiellement, quiconque du monde entier peut accéder à ma prose [1]. J'imagine, qui au Brésil, qui en Russie, qui dans une improbable banlieue de ville africaine, en train de parcourir les textes que j'ai commis. Cependant, la réalité de ce blog est autre : peu de lecteurs [2], peu de commentaires.

Mais peu n'est pas rien. Peu est parfois déjà beaucoup. Un exemple simple : j'eus l'immense plaisir qu'une lectrice porte à notre connaissance un tableau assez peu connu de Fra Angelico, le désormais fameux Christ avec la couronne d'épines, et la non moins grande joie qu'un lecteur italien nous fournisse des indications sur ce tableau. Ainsi, j'eus la confirmation qu'un lectorat existe. Cela suffit à maintenir ma motivation.

 

L'exigence d'un blog

Comme je le disais plus haut, on peut intervenir de différentes manières. Le choix de tenir un blog est un choix assez exigeant. Il faut penser aux articles, garder une certaine régularité, trouver quelques marques, naviguer parmi ses émotions et ses ressentis. La responsabilité du blogueur est finalement plus importante que ce que j'imaginais au départ. Participer à un forum ou poster des commentaires sur les blogs des autres n'a évidemment rien de commun.

 

Pourquoi continuer à être blogueur ?

Si je continue, c'est que j'y trouve mon compte. Avoir un espace où je peux m'exprimer, avoir créer quelque chose, aussi modeste soit-elle, m'incite à garder le cap. Je ne suis pas professionnel, je n'ai aucun revenu publicitaire, je ne dépends donc pas de l'audience. Je ne suis donc tenu à aucun engagement, ni explicite ni implicite.

Si je continue à tenir ce blog, c'est pour deux choses. La première est que j'ai l'immodestie de croire que je peux en améliorer le contenu, améliorer la forme, aborder encore des sujets délaissés, continuer à partager. Bref, qu'il a encore un intérêt. Et comme personne n'est obligé de me lire, je le fais en toute liberté. La seconde motivation est, de loin, la plus importante puisqu'elle concerne ma vie de croyant. Aborder des points de foi, discuter de tel ou tel choix de société, essayer de comprendre telle ou telle décision prise par l'Église, structure et "pousse" ma foi. Soyons clair : je ne suis pas devenu croyant avec ce blog, et je le resterai après. Mais cela m'aide à réfléchir à un certain nombre de points. C'est dans cette optique, par exemple, que j'ai entrepris de faire la synthèse du livre du père Varillon. Bref, je me sens vraiment dans la ligne énoncée par Benoit XVI : "Le web contribue au développement de nouvelles et plus complexes formes de conscience intellectuelle et spirituelle, de conviction partagée."

 

Qui est-on quand on est sur internet ?

Qui est-on quand on va sur la toile ? Comme beaucoup, j'avance masqué. Personne ne sait établir le lien entre l'auteur de ce blog et moi-même. Pour un certain nombre de raisons, j'ai décidé de rester anonyme. Est-ce une lâcheté ? Peut-être. Comme le rappelle le Pape, "(…) on se trouve face au défi d'être authentique, fidèle à soi-même, sans céder à l'illusion de construire artificiellement son « profil » public." Voilà l'enjeu : ne pas se cacher derrière son pseudonyme, rester vrai, ne pas jouer un rôle, ne pas pervertir la relation aux autres. Peut-être encore plus que dans la "vraie" vie, nos mouvements sur internet doivent être emprunts de précaution et de discernement dans la relation aux autres.

 

Conclusion

Une conclusion en guise de perspective. J'approche bientôt des 100 billets publiés. Cela peut sembler peu, mais je suis assez fier de parvenir à ce chiffre dont je n'aurais jamais imaginer que je puisse l'atteindre un jour. J'envisage de changer l'habillage [3]. Je réfléchis aussi à quelques évolutions de fond. A suivre donc…

 


La photo est de Kiz

  1. de fait, il y a des lecteurs, certes en faible nombre, de tous les continents exceptés l'Australie []
  2. même s'il y a une hausse sensible du lectorat depuis quelques mois []
  3. si mes compétences techniques me le permettent, ce qui n'est pas gagné []