La fête de Noël perd de sa signification, même pour les chrétiens eux-mêmes. S’il est avéré que de plus en plus de personnes ne savent plus à quoi correspond cette fête, la majorité sait quand même dire qu’elle est d’abord la célébration de la naissance de Jésus.

Mais la signification de Noël va bien au-delà d’une simple commémoration et son importance dépasse de beaucoup une simple date anniversaire qui ferait oeuvre de mémoire. Son importance va bien au-delà de cela : nous, chrétiens, fêtons le mystère de l’Incarnation, c’est-à-dire d’un Dieu qui, par amour, consent à se mettre à notre place, à épouser notre vie et qui va « offrir » sa vie pour tous les hommes.

Je crois que l’Église dit que la plus grande fête est celle de Pâques parce que c’est la résurrection qui permet de donner une assise à notre foi, comme l’a dit saint Paul [1] . Pourtant, la résurrection me paraît finalement moins « anormale » que l’incarnation. Je m’explique : que Jésus, fils de Dieu, retourne au Père, c’est finalement logique. Pouvait-Il finir dans un caveau ? Non, bien sûr. J’y vois donc une grande logique. Je ne minimise, bien sûr, aucunement la Résurrection qui nous ouvre les portes de la vie éternelle, qui porte en elle la vraie Espérance. Mais si j’ai mis « anormale » entre guillemets plus haut, c’est qu’il me semble que l’Incarnation est un mystère plus grand encore. Qu’un Dieu créateur consente à épouser nos vies terrestres, à envoyer son Fils pour nous ouvrir les portes de la félicité, me semble étourdissant. Et j’y vois le signe de l’immense considération qu’Il a de ses créatures, c’est-à-dire de nous.

Les conditions de la venue de son Fils sur terre nous montrent aussi le vrai visage de Dieu. « Qui me voit, voit le Père » nous a dit Jésus. Que voit-on alors ? La naissance dans des conditions de pauvreté matérielle, de solitude aussi. La reconnaissance par les bergers, humbles parmi les humbles. Le père Varillon a écrit un livre sur l’humilité de Dieu [2]. L’humilité de Dieu ! Deux signes manifestent, pour moi, cette humilité : la naissance de Jésus et le lavement des pieds.

Que nous sachions tous nous souvenir de cette humilité tellement présente durant la nuit de Noël et que nous sachions mettre de côté nos égos, nos regards blessants vers autrui. Heureux les pauvres, le Royaume de Cieux est à eux ! [3]


L’image est la fresque qui orne les murs de la cellule n°5 du couvent San Marco à Florence, Italie.

  1. 1e épître aux Corinthiens, 15, 17 []
  2. chez Bayard, livre que je n’ai pas lu mais dont, probablement, un certain nombre de thèses se retrouve dans Joie de Croire, Joie de Vivre []
  3. Ma, 6, 20 []