On parle beaucoup, un peu partout, de ce que Benoît XVI a pu dire au sujet du préservatif dans le livre d'entretien "Lumière du Monde". Je n'ai pas encore lu le livre mais j'ai prévu de le faire dans les prochaines semaines : je suis très intéressé de mieux comprendre comment Benoît XVI appréhende sa charge et quelle est sa vision sur différents points de la société.

Alors, en attendant que j'ai une vision plus objective et complète de ce livre, je m'arrête sur ce que le Pape a pu dire sur le préservatif. Regardons les réactions des uns et des autres :

  • Pour ceux qui veulent dicter le comportement que devrait avoir l'Église (étrange retournement de situation), ce n'est évidemment pas assez ; le Pape doit aller plus loin, ont-ils dit ;
  • Ceux qui croient sans croire, qui suivent de loin ce que l'Église dit, sont satisfaits de voir que l'Église lâche du lest, tout ce qui va dans le sens du vent va dans le bon sens
  • Et puis, il y a les autres, les catholiques, qu'on peut classer en deux catégories. Ceux qui savent ce que les prêtres ou les religieuses disent et font quand la situation l'exige, et qui découvrent avec satisfaction que le Pape agréée d'une certaine manière cette façon de faire et de procéder. Et puis, les Traditionalistes qui sont horrifié que le Pape ait pu dire cela et qui passent leur temps dans les forums à expliquer que de toute façon, cela ne change rien à la doctrine de l'Église (les moins
    modérés sont évidemment plus virulents).

Le Pape n'a bien sûr pas changé la doctrine de l'Église qui dit que l'abstinence et la fidélité sont les seules voies de sanctification. Il n'a donc, sur ce point, pas renié ce que disaient saint Pierre et saint Paul dans leurs lettres.

Mais il a ouvert une voie : celle de l'humanité, celle qui consiste à prendre en compte les situations, celle qui évite de jeter des anathèmes à tire-larigot à des personnes dans une vraie pauvreté matérielle et spirituelle. Jésus a-t-il cautionné la femme adultère en ne la condamnant pas ?

Je pense souvent à ce prêtre, visiteur de prison, et qui, le dimanche, s’occupait d’un prisonnier quand il avait des sorties. Un gars instable, à la libido développée, qui passait son dimanche à trousser les filles. Compte-tenu de sa situation, compte-tenu de l’immaturité affective de ce type, de sa détresse, de son état sanitaire, le prêtre lui donnait des préservatifs, en considérant, non pas que c’était la panacée mais que c’était un moindre mal.

Ce prêtre était responsable, peut-être loin du dogme officiel, mais il avait compris la différence entre la loi et l’esprit de la loi.

Le Pape n'a rien dit d'autre. Mais c'est déjà beaucoup.

 


Ajout du 27 Novembre 2010

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a fait paraître un communiqué dans la journée d'hier, je ne l'ai vu que tard hier soir. Le Pape a-t-il dit des choses suffisamment horribles pour justifier une tel communiqué ? Apparemment oui. On retrouve là toute la façon de penser des tradis purs et durs, garants de la Foi et gardiens du Temple.
Très habilement, ils essayent de mettre le Pape en porte-à-faux ("ce qu'il a dit", "ce qu'il n'a pas dit et que ces prédécesseurs ont toujours dit", etc). Pour finir, ils dictent ce que le Pape doit dire aux catholiques.

J'imagine bien que ce genre de communiqué – qui contribue à donner de l'importance à une petite phrase qui n'en méritait sans doute pas tant – vise un but tout simple : rassembler les troupes, leur dire : "Voyez, le ver est dans le fruit mais, nous, nous sommes toujours là." Mais tout de même, quel orgueil ! quelle vanité !