Aujourd'hui 8 Octobre 2010, le président de la République française a été reçu au Saint-Siège. Il s'agit d'une visite d'Etat, et non pas d'une visite d'ordre privée. Il n'y a pas à décrier ce type de visite, tous les chefs d'Etats se parlent et se rencontrent, c'est dans l'ordre des choses.

Non, ce qui m'étonne, ce sont les objectifs visés par cette visite, voulue par Nicolas Sarkozy. Ainsi, il semblerait que cette visite ait pour but de "(…) reconquérir le coeur d'un électorat catholique déçu" comme le dit Le Figaro [1]. Cet objectif est corroboré par La Croix qui détaille les dessous de la rencontre. Enfin, Isabelle de Gaulmyn va encore plus loin dans son blog puisqu'elle lie cette visite à des visées électorales.

Je ne rejoins pas totalement ces analyses, et j'y vois surtout une certaine duperie. D'abord, je crois assez peu à l'idée d'un "vote catho" homogène, qui voterait d'une seule voix. J'ai bien lu que 75% des catholiques avaient voté pour N. Sarkozy, je suis un peu surpris d'une telle unanimité [2]. Mais admettons que les sondeurs ne se soient pas trompés, admettons donc que les catholiques se soient retrouvés massivement dans le discours du candidat pas encore président. Ont-ils été attirés par la remise au goût du jour de la valeur travail ? Du discours sécuritaire ? De l'appel aux racines chrétiennes de la France et de l'Europe ? Je ne sais.

Admettons. Mais depuis son élection, depuis le premier soir, j'ai du mal à comprendre en quoi cet homme-là serait plus à même de capter la voix de celles et ceux qui se réfèrent au catholicisme : son goût éhonté du luxe et de tout ce qui brille, sa politique faite surtout de communication, son népotisme à peine réfréné, sa vie privée pour le moins éloignée de la morale catholique [3]. Sans parler de sa façon détestable de jouer de l'un contre l'autre, de stigmatiser tel groupe ou classe de la société contre les autres. Bref, je comprends parfaitement qu'on soutienne sa politique, en général et en particulier, qu'on se satisfasse de sa façon de gouverner. Mais qu'on vienne m'expliquer en quoi un catholique peut s'y référer.

Il a prononcé ce jour un discours à la villa Bonaparte dont vous trouverez le texte ici. Beaucoup de choses sont abordées – la finance, l'immigration, la faim dans le monde – mais elles sont seulement effleurées. Rien à redire, on ne peut que souscrire à ces paroles qui appellent à la paix et à la fraternité.

Cependant, celui – homme public ou homme privé – qui veut parler haut et fort doit avoir un minimum de crédibilité. Quand je l'entends dire : "La loi de la jungle, la loi du plus fort, du plus malin, du plus cynique, c’est le contraire de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, c’est le contraire de la civilisation", je me remémore son parcours politique, ce que je sais de sa vie, sa façon de gouverner, et il me semble qu'il est l'archétype de ce qu'il dénonce.

Là encore, donc, de belles phrases. Permettront-elles de regagner le vote massif des catholiques ? Oui si, pas plus que les autres, ils ne tiennent la vertu personnelle et la probité comme indispensables chez un candidat… Mais il faut admettre que bien peu de candidats passeraient ces critères et qu'on est souvent obligés de voter pour le moins pire…

  1. Article dans l'édition du 8 octobre 2010 []
  2. Mais ce pourcentage a été du même niveau lors des élections régionales de 2010 []
  3. Cela ne devrait entrer en ligne de compte, mais il s'est tellement mis en scène … []