"Joie de croire, joie de vivre" est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

Joie de croire, joie de vivre – Introduction (2/2)

Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (1/4)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux de François Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

Que veut-on dire en affirmant : "Le Christ est mort pour nous " ?

Toutes les spiritualités [1] se retrouvent au pied de la Croix du Christ dont on peut dire que c'est un critère d'authenticité spirituelle. Mais il faut bien comprendre le sens de la Croix qui, pour les Chrétiens, a une signification universelle.

Présentation rudimentaire du mystère de la Rédemption

De nombreux essais de théologie [2] rejettent une certaine présentation du mystère de la Croix, qui a marqué les générations antérieures et nous-mêmes, mais qui a déformé les choses. Citons la cardinal Ratzinger : "Pour un très grand nombre de chrétiens et surtout pour ceux qui ne connaissent la foi que d'assez loin, la croix se situerait à l'intérieur d'un mécanisme de droit lésé et rétabli. Ce serait la manière dont la justice de Dieu infiniment offensée aurait été à nouveau réconciliée par une satisfaction infinie… Certains textes de dévotion semblent suggérer que la foi chrétienne en la Croix se représente un Dieu dont la justice inexorable a réclamé un sacrifice humain, le sacrifice de son propre Fils. Autant cette image est répandue, autant elle est fausse [3] ."

La justice de Dieu exige-t-elle la mort du Christ ?

Les mots utilisés pour qualifier la Croix sont : justice, châtiment, substitution, expiation, réparation, compensation. Il aurait donc fallu que Jésus se substitue aux hommes, incapables de fournir une réparation suffisante, pour satisfaire la justice divine et offrir à Dieu une expiation digne de Lui. Le cardinal Ratinzger a raison de penser que cette présentation est rudimentaire et il ajoute : "On se détourne avec horreur d'une justice divine dont la sombre colère enlève toute crédibilité au message de l'amour ((id.))."

"En effet, (…) on nous dit que Dieu ne pouvait pas pardonner à l'homme sans que d'abord sa justice soit satisfaite. (…) Vous posez en Dieu un amour limité par la justice. (…) Cela voudrait dire que Dieu ne peut donner libre cours à sa miséricorde que s'il est préalablement "vengé". (…) Le sang de Jésus versé au Calvaire est alors le prix d'une dette exigée par Dieu en compensation de l'offense infligée à son honneur par le péché des hommes [4]."

Et pourtant, les textes du Nouveau Testament…

On peut ne pas être sensible à tout ce que ces mots ont d'inacceptable. Que pourtant les évangiles et saint Paul semblent autoriser à employer. Dans saint Marc : "Le Fils de l'Homme est venu pour donner sa vie en rançon pour une multitude [5]". On ne peut tout de même pas gommer ce texte dont l'authenticité n'est pas contestée et on le peut d'autant moins que saint Paul a exprimé la même idée dans des termes très proches [6].

La Croix est apparu aux apôtres comme un échec dérisoire. Ils avaient cru en un roi, hors celui-ci se fait arrêter et crucifié. Ils ont repris confiance à la lumière de la résurrection mais ils ont mis du temps à comprendre la signification de la Croix. Pour expliquer cet événement, ils ont d'abord eu recours à l'Ancien Testament dont les cultes et les rites représentaient la partie centrale de la vie religieuse des Juifs. Le mot sacrifice appartient à cette théologie. Et quand Jésus use de ces mots pour annoncer ou expliquer sa mort, il fait une comparaison, il utilise des images car il sait, Lui, que sa mort est bien plus qu'un rite.

Selon le cardinal Ratzinger, il est vain de : "sacrifier à Dieu des hécatombes d'animaux sur toute la surface du globe, (car) Dieu n'en a que faire. (…) C'est l'homme, l'homme seul qui intéresse Dieu. La seule adoration véritable, c'est le "oui" inconditionnel de l'homme à Dieu. Tout appartient à Dieu, mais il a concédé à l'homme la liberté de dire "oui" ou "non", d'aimer ou de refuser d'aimer ; l'adhésion libre de l'amour est la seule chose que Dieu puisse attendre. [7]"

Pour l'auteur de l'épître aux Hébreux, il est dit que c'est par son sang que Jésus a accompli la réconciliation avec Dieu [8]. Mais cela ne veut pas dire que ce sang versé serait un don matériel, un moyen d'expiation quantitativement mesurable : le sang versé est l'expression concrète d'un amour qui va jusqu'au bout de lui-même.

Propositions de réflexions théologiques

Il faut toujours en revenir à la parole de Jésus dans saint Jean : "Qui me voit, voit le Père [9]". Tout ce Jésus dit ou fait révèle et dévoile Dieu. Ce qui existe visiblement en Jésus existe mystérieusement et invisiblement en Dieu. Et la mort de Jésus nous dévoile et nous révèle la véritable nature de Dieu, qu'elle est la profondeur de son Être. Pour le Christ, obéir n'est pas exécuter un ordre venu d'en-haut : Dieu ne lui a pas demandé de souffrir et de mourir à 30 ans. Jésus obéit à son Père en Le révélant tel qu'Il est, et non pas tel que les hommes voudraient qu'Il soit. Révéler Dieu tel qu'Il est, ce fut pour Jésus accepter de mourir. S'il avait refusé de mourir, il n'aurait pas révélé Dieu tel qu'Il est.

L'amour est mort à soi-même, livraison de soi

Aimer, c'est mourir à soi-même, non seulement en préférant les autres à soi, mais en renonçant d'exister par soi et pour soi. Voilà très exactement ce que Jésus manifeste en mourant sur la croix. Saint Paul nous le dit : Dieu "s'anéantit lui-même en prenant condition d'esclave, et en devenant semblable aux hommes … et Il s'humilia plus encore, en étant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix [10]".

La toute-puissance de Dieu est dépossession, effacement de soi. Tant qu'on n'a pas expérimenté dans sa vie qu'il faut plus de puissance d'amour pour s'effacer que pour s'exhiber, tout ceci est inintelligible. Aimer l'autre, c'est vouloir qu'il soit, et non pas vouloir lui passer devant pour qu'il soit moins.

La toute-puissance de l'amour est le pardon

Quand le Christ participe à la toute-puissance de Dieu qui est une toute-puissance d'effacement de soi, il participe à la toute-puissance du pardon qui est le fond de Dieu. Le pardon n'est pas une indulgence mais une re-création. Il faut plus de puissance à Dieu pour pardonner que pour créer car re-créer est plus que créer. En créant des libertés, Dieu s'engage dans un redoublement d'amour. Or l'acte créateur est en Dieu un acte d'humilité et de renoncement et comme le dit le poète Hölderlin : "Dieu fait l'homme comme la mer les continents : en se retirant".

Est-ce que l'acte alors de re-créer ou de pardonner n'est-il pas, pour Dieu, de se retirer deux fois ? A la messe, nous pouvons dire : "Dieu, qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et que tu pardonnes, sans te lasser, accordes-nous ta grâce !".

C'est donc en mourant que le Christ participe à la Puissance suprême, re-créatrice, pardonnante de Dieu. Il est donc bien vrai que c'est par le sang versé du Christ que nous sommes sauvés. Les paroles de la consécration "voici le sang versé en rémission des péchés" ne veulent pas dire que le sang est une compensation demandée par Dieu et offerte à sa justice, c'est le signe d'un amour qui va jusqu'au bout [11]. Jusqu'au bout du don, c'est-à-dire au par-don ou don parfait.

 
  1. On parle ici des différentes écoles de spiritualité catholiques (ndla) []
  2. Prenez note que nous sommes en 1977-78 (ndla) []
  3. J. Ratzinger, Foi chrétienne hier et aujourd'hui, Nouvelles Editions Marne, 1976, p197. []
  4. cf. Éléments de doctrine chrétienne, II, p60 (F. Varillon) []
  5. Mc, 10, 45 []
  6. Rm, 3, 25 []
  7. J. Ratzinger, op. cit., p 200 []
  8. He, 9, 12 []
  9. Jn, 14, 9 []
  10. Ph 2, 8-9 []
  11. Jn, 13,1 []