« Joie de croire, joie de vivre » est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux de François Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

Introduction : Mourir et Ressusciter

Transformation

Affirmer que la vocation de l’homme est d’être divinisé, c’est dire quelque chose qui ne parait pas possible. C’est pourquoi il est proposé de remplacer la proposition « Notre vocation est d’être divinisé » par « Notre vocation est d’être divinement transformé ». Pour entrer dans la vie même de Dieu, il faut être radicalement transformé. Cette transformation radicale implique que notre destin est en forme de mort et de résurrection : mort à soi-même, mort à son égoïsme, et non pas uniquement notre mort biologique ; résurrection qui ne consiste pas, après notre mort, à revenir à notre vie d’avant, mais de passer à une vie toute autre.

La transformation n’est pas la croissance ou le grossissement : une femme n’est pas une grosse petite fille ; le papillon n’est pas une grosse chenille ; l’épi n’est pas un gros grain de blé.

Grain de blé qui devient épi

Cette parabole sur l’histoire du grain de blé a été écrite par un auteur danois, Joergensen, qui a pris comme point de départ les paroles de Jésus que l’on trouve dans St Jean, au chapitre 12, verset 24.

Un petit grain de blé est parfaitement heureux dans son grenier : au sec, dans un environnement amical dans lequel il se sent bien. On peut transposer cela au bonheur de l’homme, heureux en famille, heureux dans son travail, sans soucis aucun. La vie est facile. Il ne faut pas mépriser ce bonheur-là, mais c’est un petit bonheur en regard de ce que nous devons être pour l’éternité.

On imagine ce petit grain de blé très pieux : il remercie Dieu pour ce bonheur et le prie pour que cela dure toujours. Il a raison de remercier Dieu. Mais attention : il ne faudrait pas que ce grain de blé s’adresse à un Dieu qui n’existe pas ! Or un Dieu qui ne serait que l’auteur et le garant du petit bonheur du grain de blé dans un grenier, même si ce bonheur est légitime, ce Dieu-là n’existe pas.

Un jour, on charge le tas de blé dans une charrette et on sort dans la campagne. Il fait beau, le ciel est bleu, il y a les arbres et les fleurs, la nature est en fête. Le grain de blé  remercie encore plus Dieu pour toutes ces belles choses. Il a raison de le remercier pour toutes ces belles choses qui sont ici-bas. Mais il est toujours un grain de blé : un Dieu qui maintiendrait un grain de blé dans un grenier, sans aucune espèce de fécondité, ce Dieu-là n’existe pas.

On arrive sur la terre fraîche. On verse le tas de blé. La terre est humide, la sensation de fraîcheur est agréable. Il est heureux. Mais voilà qu’on enfonce le grain de blé dans la terre. Il ne voit plus rien, n’entend plus rien, l’humidité le pénètre. Le grain de blé, qui par la mort inévitable, est en train de devenir ce qu’il doit être, c’est-à-dire un bel épi, regrette le temps de son grenier. Et il dit ce que se disent des millions de personne : si Dieu existait, de telles choses ne se passeraient pas. C’est dommage car c’est précisément là qu’il s’agit du vrai Dieu. Le seul Dieu qui existe est celui qui nous fait croître, passer d’une condition simplement humaine à une condition d’homme divinisé.

Telle est l’histoire de tout homme et de toute femme : il n’y a pas de croissance sans transformation, de transformation sans mort et sans nouvelle naissance. Ces transformations se retrouvent dans le mot Pâque, qui signifie « passage ».

Trois Pâques ou passages transformants

Pâque des Hébreux

Elle nous est racontée dans le livre de l’Exode. Les Hébreux sont une minorité opprimée dans l’Égypte dirigée par le Pharaon. Celui-ci décide un jour d’augmenter les cadences sans augmenter les salaires. La révolte gronde. Moïse s’adresse à Dieu et lui fait remarquer que son peuple est opprimé. Dieu dit à Moïse qu’il a raison et lui demande de faire passer ce peuple de l’Égypte de l’esclavage à la Palestine de la liberté. Les Hébreux suivent Moïse et s’avancent dans le désert. Mais le chemin est long : il fait chaud, il n’y a rien à manger. Peu à peu, ils viennent à en regretter leur vie d’esclave en Égypte, tout comme le petit grain de blé regrettait son grenier douillet. Moïse les persuade de continuer leur route vers la Terre Promise mais les Hébreux ont l’impression d’aller vers la mort, alors qu’ils vont vers la vraie vie. Comme le grain de blé qu’on enfouit dans la terre va devenir un bel épi ! On ne peut pas être transformé sans passer par une mort, par le sacrifice de son bonheur égoïste. Il faut renoncer à son égoïsme pour connaître le véritable bonheur auquel Dieu nous appelle pour l’éternité.

Pâque du Christ

Il revit pour son propre compte ce qu’avait vécu son peuple. D’abord symboliquement, au désert, au début de sa vie publique. Puis, réellement, en montant au calvaire : il ne va pas vers la mort mais vers la vraie vie, au cœur de la Trinité, la vie même de Dieu. La résurrection du Christ n’est pas le retour à son ancienne vie, elle est le passage à la vie de Dieu. Il est devenu autre, il n’est plus, comme nous, soumis aux contraintes de l’espace et du temps. Il est tout autre, mais il n’est pas autre, il est resté le même : le Christ ne s’est pas dépouillé de son humanité, il n’a pas rejeté sa « chair ». Le Christ ressuscité est Homme-Dieu pour l’éternité.

Notre Pâque

La troisième pâque de l’histoire est la nôtre et voyons comment elle se décline.

Importance de nos décisions

Entre les petites et les grandes décisions, il y a toute une gamme mais ce qui, dans la vie, n’est pas décision, ou acte libre, n’est rien. Or ce sont nos décisions qui nous construisent. Et par elles que nous construisons notre vie éternelle, parce que le Christ ressuscité est au cœur des décisions que nous prenons.

Le Christ est présent dans nos décisions

Croyez-vous que le Christ est ressuscité ? Si vous êtes chrétiens, vous répondez : « oui ». S’il est ressuscité, est-il vivant ? Oui, puisqu’il est ressuscité. S’il est vivant, il est présent. Il est présent dans notre liberté car c’est par la liberté que nous sommes véritablement des hommes. S’il est présent, il est actif, actif dans notre liberté, lorsque nous posons des actes libres, c’est-à-dire lorsque nous prenons des décisions. S’il est actif, il est transfigurant. Il est l’Amour et l’amour transfigure tout ce qu’il touche. S’il est transfigurant, il est divinisant. Pour Dieu, présent dans notre liberté, nous transfigurer, c’est nous diviniser, nous faire devenir ce qu’Il est.

Le Christ divinise notre activité humaine humanisante

Cette formule est un peu dense au premier abord : en d’autre terme, le Christ divinise ce que nous humanisons.

Nous sommes des hommes en devenir, ce sont nos décisions qui contribuent à faire que nous soyons des hommes. Et nos décisions ne sont vraiment humaines que si elles sont humanisantes. Notre humanité passe par l’humanité des autres. On devient plus homme en travaillant à ce que le monde soit plus humain.

Ces décisions humanisantes sont souvent des sacrifices, des morts à l’égoïsme, mais, nous chrétiens, savons que chacune de ces décisions est un passage à la vie divine, chacune de ces morts partielles est une nouvelle naissance. C’est la décision qui a une structure pascale, une structure de mort et de résurrection.

Toutes les fois que je prends une décision pour la vérité, la justice, la liberté, le Christ ressuscité donne à ma décision une dimension proprement divine. Le péché est ce que le Christ ne peut pas diviniser parce que ce n’est pas humanisant. On en peut pas bien comprendre le péché si l’on ne comprend pas ce qu’est notre vocation. Car le péché consiste à manquer notre vocation. Il est le refus de nitre divinisation et cela se traduit par l’égoïsme sous toutes ses formes, c’est-à-dire le contraire de ce qu’est Dieu.

Évangile signifie Bonne Nouvelle : Dieu n’est qu’Amour et la grandeur de l’homme est immense, parce que sa vocation va au-delà de ce qu’il peut imaginer ou concevoir : il est capable d’aimer comme Dieu aime.