C'est quoi les END ?

Pendant douze ans, mon épouse et moi avons fait partie des Équipes Notre-Dame ou END pour les intimes. Ce mouvement de spiritualité conjugale a été ébauché en 1938 et est vraiment né en 1947. Son fondateur est le père Henri Caffarel, décédé en 1996.

Le principe de ce mouvement propose aux couples d'approfondir leur foi, de vivre l'évangile et de s'entraider. Le fonctionnement des END est régi par une charte que chaque équipe et chaque couple au sein des équipes s'engagent à suivre. On peut dire que cette charte offre un cadre mais n'impose pas de rigidité excessive.

En synthèse :

  • Une équipe est généralement composée de 4 à 6 couples et d'un conseiller spirituel (ce rôle est tenu par un prêtre, j'y reviens plus loin)
  • Chaque équipe se réunit une fois par mois, à tour de rôle chez chacun des couples
  • Une réunion est partagée en plusieurs temps bien défini et dure en général 2h30, temps de repas compris.

Les temps de réunion

  • La mise en commun : chaque couple, ou chaque membre du couple, partage sur un ou plusieurs événements du mois passé ; chacun est libre de dire ce qu'il veut, personne n'est obligé de parler; mais, en général, la qualité d'écoute favorise des partages souvent riches
  • Le partage sur les Points Concrets d'Effort ou PCE : c'est la pierre d'angle des END, ce qui fait sa spécificité. Les PCE sont au nombre de 6 : la prière conjugale (et si possible familiale), l'oraison, la lecture de la Parole de Dieu, une retraite annuelle, la règle de vie, le Devoir de S'Asseoir (ou DSA)
  • La réflexion autour d'un thème, choisi en début d'année : les thèmes proposés sont variés, allant des préoccupations concrètes à des réflexions plus théologiques

Un Point Concret d'Effort : le Devoir de S'Asseoir

Ce point concret d'effort est une des spécificités des END. Au moment où les END sont nées, après guerre donc, la dialogue dans le couple n'est pas chose commune, beaucoup de famille étant basée sur un modèle patriarcale où l'épouse n'avait, souvent, pas son mot à dire. Partant de ce constat et considérant que le dialogue au sein du couple est primordial, le père Caffarel a instauré ce PCE : prendre le temps, une fois par mois, de se parler, en vérité, de ce qui fait la vie commune d'un couple, que ce soit joie, peine, souffrance, … Pour beaucoup de couples, pour lesquels le dialogue vrai ne va pas de soi (je ne parle pas ici des discussions plus superficielles et quotidiennes, certes importantes, mais insuffisantes), le DSA peut permettre de débloquer des situations très critiques. Dieu, bien sûr, est associé à cette discussion, certains couples allumant une bougie pour "matérialiser" sa présence. Lors des préparations au mariage que nous faisons, nous insistons beaucoup sur cette possibilité offerte de pouvoir se parler en vérité, sans colère, sans haine.

Le tournant des équipes ?

Comme tout mouvement catholique, les END commencent à souffrir du manque de prêtres. Pour faire office de conseiller spirituel, il faudra sans doute élargir à des frères ou des sœurs de communauté. De mon point de vue, ces personnes, de par leur formation et leur engagement, sont tout à fait aptes à assurer ce rôle. Le rôle du Conseiller Spirituel est primordial : il apporte une altérité au sein de l'équipe qui lui permet de ne pas "tourner en rond". En effet, il est célibataire quand les autres sont en couple, il s'est engagé dans l'Église quand les autres sont laïcs (même si certains peuvent être engagés dans l'Église). J'ai souvent remarqué que, sans ce conseiller spirituel, l'équipe ne fonctionnait pas correctement.

Pourquoi quitter les END après 12 ans ?

Après 12 ans, mon épouse et moi avons décidé d'arrêter. Cette décision a été prise en commun, bien sûr. Pour deux raisons principales. La première est liée à l'envie de nous investir dans notre paroisse. Cet investissement, dont je vous parlerais bientôt, demande du temps et on ne peut se démultiplier. La seconde est liée à une certaine lassitude et une attente non satisfaite que je vais tenter de brièvement résumer.

Un des gros défauts des END, c'est sa connotation sociale très marquée, au moins pour les grandes villes. La plupart des couples appartiennent aux classes moyennes ou supérieures. De plus, la mixité sociale est soigneusement évitée. Selon les END, l'expérience a montré que la mixité sociale n'a pas fonctionné dans le passé et que les gens préféraient se retrouver avec des gens de leur milieu : les ouvriers avec les ouvriers, les cadres avec les cadres, les cultivateurs avec les cultivateurs. Je comprends ce pragmatisme mais je m'en réjouis pas et pour tout dire, cela m'attriste. Au pied de la Croix, y a-t-il encore des classes sociales ? Étant ingénieur, notre équipe était composé exclusivement d'ingénieurs … Autre difficulté : la vie en équipe n'est pas toujours simple. Pas tant au niveau des conflits, que nous n'avons jamais connu, même si on peut avoir plus ou moins d'affinité avec certains, qu'au niveau des attentes respectives. Nous attendions plus de réflexions "théologiques", plus de travail sur les écritures, quand d'autres avaient des attentes différentes. Et plutôt que de se chamailler sur des points mineurs, nous avons jugé que le moment était venu d'aller voir ailleurs.

En conclusion

Les END nous ont beaucoup apporté et nous avons eu la chance de rencontrer des Conseillers Spirituels exceptionnels, dont certains sont malheureusement décédés. Notre couple aujourd'hui n'est pas le même si nous n'avions pas fait ce passage de 12 ans aux Equipes Notre-Dame. Et nous ne pouvons que conseiller à des jeunes couples qui viennent de se marier d'y adhérer pour approfondir leur foi et leur mariage. Ce mouvement, comme tout mouvement, a quelques défauts mais qui, en réalité, pèse peu par rapport aux bienfaits qu'il peut donner aux couples qui s'engagent.