J'ai regardé l'émission diffusée mardi 11 Mai sur France 2 sur l'utilité de la prison. L'émission a commencé par "Faites entrer l'accusé" puis a été suivie d'un débat mené par Christophe Hondelatte. Le "Faites entrer l'accusé", intitulé "La mort sur rendez-vous" était consacré à l'affaire criminelle dans laquelle était impliquée Valérie Subra, Laurent Hattab et Jean-Rémi Sarraud. Si ce fait divers ne vous parle pas, vous avez peut-être en mémoire le film de Bertrand Tavernier, "L'appât".

Les crimes commis par ces trois là étaient particulièrement odieux : elle servait d'appât pour attirer des hommes seuls et supposés riches, eux deux tuaient. Après deux forfaits commis, elle a été arrêté, ainsi que ses complices. Ils ont tous été condamné à perpétuité avec des peines incompressibles de 18 ans pour les deux hommes, de 16 ans pour elle.

L'intérêt de l'émission, au delà du rappel et du décryptage de ce tragique fait divers, est venu du témoignage de Jean-Rémi Sarraud. Auteur d'un des deux meurtres commis, il a purgé sa peine et a été mis en liberté conditionnelle en 2003. Témoignage intéressant, pertinent, voire même émouvant. Intéressant parce qu'il a essayé d'expliquer son geste et surtout parce que lui, contrairement aux 2 autres, a, dès son arrestation, avoué et reconnu les faits. Il n'a pas essayé de se disculper ou de charger ses deux congénères. Pertinent parce qu'il a expliqué comment la prison avait permis sa reconstruction et, finalement, son insertion dans la société. Oui, son parcours a montré qu'il n'avait jamais été réellement inséré, ce qui explique en partie sa dérive terrible. Émouvant, parce qu'il a accepté de témoigner à visage découvert, sans fard, sans artifice.

Le débat qui a suivi a donné la parole à 3 ex-détenus, ainsi qu'à d'autres personnes impliquées dans la "machine" pénitentiaire : un directeur de prison, un avocat, une psychologue, un aumônier des prisons. Tous s'accordent à dire que la prison peut jouer un rôle salvateur, pour peu qu'elle permette aux personnes incarcérées de garder leur dignité. Ce qui passe par des choses simples : respect de l'autre, de son intimité, accès à l'hygiène, évitements de brimades inutiles, l'insalubrité apparemment très généralisée, etc. A ce titre, les rapports de l'Observatoire International des Prisons, l'OIP, sont éclairants sur la situation des prisons françaises.

Je sais que certains pensent que les prisonniers ont non seulement mérité leurs peines – ce que je pense aussi – mais doivent en "baver", souffrir, être écrasé sous le poids de leur faute. Non. La prison doit être un lieu de renaissance afin que, lorsqu'ils sont libérés – quasiment tous les prisonniers sortent un jour de prison – ils puissent prendre à nouveau leur place dans la société. C'est le meilleur garant pour éviter les récidives.