Jeudi 27 Mai, France 2 a diffusé dans son émission Envoyé Spécial un documentaire de Marie-Ange Le Boulaire intitulé « Jugé coupable, reconnues victimes« . Ce document est le 3ème volet d’un triptyque (je n’ai pas vu les 2 précédents). Pour résumé, l’ensemble documentaire suit plusieurs jeunes femmes abusées par un violeur en série, depuis leur déposition jusqu’au procès du violeur. Le document diffusé jeudi dernier montrait le procès, filmé pendant les 4 jours. Ce procès a eu lieu 4 ans après les faits reprochés.

Ce documentaire est dur, très dur. Les souffrances exprimées par ces jeunes femmes, leur haine envers l’accusé, le sentiment que l’on a que leurs vies ont vraiment été détruites, tout cela rendait le visionnage âpre et tendu. Le repentir de la victime qui regrettait le mal fait, qui demandait pardon aux victimes a finalement donné une tournure inattendue au débat et permet de bien voir l’énorme difficulté à pardonner.

Les actes commis par cet homme sont ignobles. La violence, le sadisme, la perversion qu’il a mis dans ses forfaitures ont laissé des cicatrices et des souffrances énormes à ces femmes. Leur témoignage à la barre, d’une très grande dignité, était emprunt d’émotion, de douleur et de colère. Lorsque, dès le premier jour de l’audience, il a demandé pardon aux victimes qu’il avait en face, j’ai été touché par cet acte de repentir et j’ai trouvé dur la réponse qui lui était généralement faite : « je n’en veux pas de votre pardon ». C’est que j’avais mal appréhendé – le documentaire va crescendo dans l’énoncé des faits horribles – cette souffrance quasi indélébile des victimes, détruites à jamais. Leur cri de douleur et d’angoisse n’était pas tant qu’il demande pardon mais qu’il s’explique sur ses actes, qu’il dise pourquoi il en est arrivé à cela et, surtout, pourquoi il a choisi telle ou telle autre. Ce qui les a toutes révoltées, c’est sa façon de se poser en victime et non en coupable. Il est pourtant si malheureusement humain de toujours se poser en victime même quand nous sommes coupables …

Au cours de 4 jours d’audience, l’accusé va se dévoiler un peu et donner quelques explications : une enfance difficile, une mère abusée sous ses yeux, etc. Ce ne sont pas des raisons, tout au plus des explications. Et les victimes ont immédiatement dénoncées ces tentatives disculpatoires … L’avocate de l’accusé, hors audience, a bien expliqué ce mécanisme : les victimes veulent des explications mais ne se satisfont pas de celles qui sont données. C’est finalement assez normal : la seule explication qu’elles voudraient connaître, c’est « pourquoi moi ? », explication que l’accusé est souvent incapable de donner : il a frappé au hasard.

Et puis les réquisitoires. Celui de l’avocat général, représentant la société, jugé trop laxiste. Il a demandé entre 12 et 15 ans quand le maximum est de 20 ans. Puis le verdict : 14 ans de réclusion criminelle, avec une peine de sûreté de 10 ans et une obligation de soin de 10 ans après la sortie de prison. Et là, pour la première fois, les victimes semblent soulagées, comme si, enfin, la possibilité leur était offerte de se reconstruire et de tourner la page.

Pourront-elles pardonner à leur bourreau ? Peut-être. Avec le temps, comme on dit. Mais que ce chemin est difficile à parcourir, seul. Je suis persuadé que le pardon véritable – celui qui libère tandis que la haine et la rancœur lient indéfectiblement la victime à son tortionnaire – est quasi in-humain. Comment parvenir à pardonner quand on a subi l’humiliation et la violence de tels actes ? Et c’est pourquoi je crois en l’aide du Christ et de l’Esprit Saint pour accomplir une telle démarche et cheminer sur le chemin du pardon.