Vous avez sans doute entendu parlé de cette émission de France 2, diffusée le mardi 27 avril 2010, et que j’ai regardé avec un jour de retard.

C’est la première fois que je regarde cette émission et j’avais été assez circonspect par rapport à l’attitude des journalistes qui, lors d’une émission consacrée à la pédophilie, ont dénoncé à la police les personnes qu’ils ont interrogées. Bref, j’étais plus que sceptique. Et avant de regarder l’émission, j’avais lu les dénégations des personnes et instituts incriminés qui accusaient France 2 et l’agence Capa (productrice de l’émission) d’avoir implicitement suscité les propos tenus par les jeunes et d’avoir fait un montage à charge.

Mais, ayant côtoyé en étant jeune le milieu intégriste de Saint-Nicolas du Chardonnet et ayant quitté ce milieu vers l’âge de 15 ou 16 ans, j’étais plus que curieux de voir ce qu’il en était.

Le reportage visait initialement à décrypter un mouvement d’extrême-droite, Dies Irae, à Bordeaux. De là, le journaliste a établi des connexions avec la paroisse Ste-Eloi et une école hors contrat, l’école Saint-Projet.

Si vous voulez lire les propos précisément tenus par les personnes de ces instituts, vous pouvez lire le communiqué de l’abbé de Tanoüarn, et celui de l’école Saint-Projet.

Ce reportage est intéressant à plus d’un titre, même si le procédé a forcément des limites. Il est intéressant car il permet de capter des propos que ces personnes ne prononceraient jamais face à une caméra et il donne à montrer, donc, une certaine réalité. Cependant, le format a des limites : j’ai quand même eu un peu le sentiment d’un manque d’approfondissement – sans doute dû à la durée imposée – et qu’après avoir glané les propos entendus, il eut été pour le moins intéressant de pousser plus loin la discussion. Mais on a vu que les rares personnes interviewées face caméra tenaient des discours auxquels on ne pouvait rien reprocher.

Que voit-on et surtout qu’entend-on dans ce reportage ? Quelques excités de Dies Irae se préparant à aller saigner des musulmans – les femmes d’abord. Discours violents et ignobles de membres de groupuscules d’extrême-droite, mais somme toute assez classique pour ce genre de milieu. Plus gênant, le fonctionnement de cette école. Comment une école peut-elle fonctionner sur la base du volontariat, les parents, si j’ai bien compris, assurant une partie des cours ? Il est surprenant que le journaliste ait pu se faire embaucher comme surveillant en 5 minutes, avec la promesse d’assurer des cours très rapidement. L’exemple donné avec le cours d’histoire est assez éloquent : s’il est légitime de questionner l’histoire, on voit évidemment comment ce professeur détourne et distord la réalité historique.

Et puis, bien sûr, on entend ces paroles de jeunes qui défient l’entendement. On dit que ces paroles ont été suscitées. Le reportage ne le montre pas et donne plutôt l’impression d’une certaine spontanéité. Admettons. Admettons que le journaliste leur ait suggéré de proférer des paroles ouvertement pro-nazies. Admettons qu’il leur ait dit : « Quand je vous demanderai où vous irez passer votre voyage de noce, vous me répondrez : à Auschwitz, en n’oubliant pas de répéter la première partie de ma question. Ainsi, vous me direz : j’irai passer mon voyage de noces à Auschwitz. » Admettons. Est-ce lui aussi qui leur a appris la chanson néo-nazie ? Est-ce lui, aussi, qui a suggéré les paroles tenues par ces adultes dans le couloir de l’école, profondément antisémites ?

Quant aux prêtres que l’on voit, j’ai trouvé que leurs propos n’atteignaient pas l’infamie des propos tenus par les autres. Bien sûr, on a encore entendu la diatribe anti-islam et contre l’activisme de cette religion en France. C’était excessif et montrait bien le terreau dans lequel baigne cette communauté. Mais au regard des propos tenus par ailleurs, cela semble finalement assez tiède.

Le débat qui a suivi l’émission n’a pas permis d’éclaircir tous les points – le journaliste infiltré n’était pas présent – mais a donné un éclairage sur les positions des uns et des autres.

Alors, quelles conclusions peut-on tirer de tout cela ? Qu’il y a une frange d’illuminés qui rêve du grand soir. Que ces illuminés s’appuient sur la religion catholique ou plutôt sur la prétendue idée qu’ils s’en font. Mais le pire est bien entendu ce terreau de haine, de mépris de l’autre, de la certitude d’être béni de Dieu, dans lequel baigne toute cette mouvance traditionaliste. L’aspect sectaire apparait clairement, cette communauté vivant en vase plutôt clos, ce qui permet, d’ailleurs, d’affirmer la thèse du complot.

Que ces gens se réfèrent à l’évangile me laisse pantois ; nous n’en faisons, c’est sûr, pas la même lecture. C’est une des raisons – la plus importante – qui m’a décidé à quitter ce milieu. Car, c’est malheureux, mais j’entendais à peu près les mêmes discours il y a plus de 25 ans, certains prononcés par les prêtres de Saint-Nicolas du Chardonnet. Et s’il est tout de même rassurant de lire le communiqué officiel de l’Institut du Bon Pasteur, cela n’enlève pas tous les propos entendus et infamants.

Pour votre information, l’émission est visible sur le site France 2 ainsi que sur DailyMotion.