Enterrement de Jésus, peinture sur huile de Giovanni Battista

Comme vous le savez sûrement, a lieu en ce moment, du 10 avril au 23 mai 2010, l’ostentation du Saint Suaire, dans le Dôme de Turin.

Quoi qu’on pense de la véracité de ce linceul, il est troublant. Soit il est vrai, et dans ce cas, il est incroyable de pouvoir disposer de l’image du Christ et d’une preuve de la résurrection. Soit c’est un faux et alors le génie humain a montré des ressources insoupçonnées puisque nous ne savons, a priori, pas reproduire cette œuvre.

Je me suis longtemps détourné de ce linceul, n’y accordant que peu d’importance. Il n’était, pensais-je, pas indispensable à ma foi et qu’il soit vrai ou faux, cela ne changeait rien au fond. Et quand en 1988 la datation au carbone 14 a daté le linceul du moyen-âge, cela ne m’a pas gêné. Après tout, de nombreuses églises recèlent des morceaux de la croix ou de la couronne d’épines, je ne sais si elles sont toutes véridiques et, encore une fois, cela ne change rien à l’essentiel. Jésus a dit à Thomas : « Parce que tu me vois, tu crois. Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru. » (Jn 20, 29)

J’ai vu récemment une émission diffusée sur Arte : documentaire de niveau moyen mais qui faisait la synthèse des dernières contradictions scientifiques. Et la plus importante étant que la datation au carbone 14 a été faite sur un morceau rapiécé au moyen-âge, ce qui explique la date estimée. Quelques jours plus tard, je vois un reportage au journal télévisé de France2, sans doute autour du 10 avril, reportage de quelques minutes sur l’ostentation 2010. Ce reportage, après avoir défendu la thèse de la véracité – enfin les chrétiens se disent persuadés que le linceul est vrai – finissait par l’interview de quelques secondes d’un scientifique italien qui prétend savoir reproduire le linceul. Une recherche sur internet me permet de trouver la trace de cet homme, il s’agit de Luigi Garlaschelli.

Voilà où l’on en est : d’un côté des difficultés à expliquer la formation de cette image, des doutes sur la datation faite en 1988, une masse de gens qui refusent d’admettre que ce linceul ne puisse être vrai. De l’autre, des doutes, sincères et sérieux, et cet italien qui prétend savoir reproduire le suaire. Je n’ai pas lu son dossier complet – il est en italien que je ne comprends pas – et je ne sais pas si son travail a été contesté ou pas. Il prétend n’avoir utilisé que les méthodes disponibles au moyen-âge. Mais admettons qu’il ait raison, que ce suaire ait pu être l’oeuvre d’un faussaire dans les années 1300. Oui, mais quid de la datation ? Si une nouvelle datation avec des échantillons pris au centre du Suaire prouvait que l’étoffe datait bien de l’époque de Jésus ? Pourquoi ce faussaire au moyen-âge aurait-il utilisé un tissu datant de 1300 ans ?

Autre point. En admettant toujours qu’un faussaire est à l’origine de l’image du linceul, quel aurait été son but ? Je comprends le but de créer de toutes pièces des fausses reliques afin de donner des preuves aux gens qui doutent. Et apparemment ce fut le cas au moyen-âge pour de nombreuses reliques. Mais là, pourquoi créer des preuves « invisibles » ? Pourquoi s’être ingénié à imprimer une silhouette de cadavre qu’on ne voit pas à l’œil nu ? Et dont la science moderne a montré de nombreuses spécificités, dont l’aspect tri-dimensionnel ? Je ne parviens pas à comprendre les motivations dans ce cas-là.

Bref, il est probable qu’on ne saura peut-être jamais dire si le suaire a réellement enveloppé le Christ. Et si jamais cette preuve irréfutable était donné au monde – quelle qu’elle soit – il est aussi probable que cela ne changera rien à ce que les gens pensent du Christ et de l’évangile.