republique-francaisePourquoi ce débat sur l’identité nationale me laisse-t-il indifférent au fond, et terriblement méfiant ? Suis-je un mauvais Français si cette question ne me taraude pas plus que cela ? Je ne le pense pas. D’ailleurs, qu’est-ce être un mauvais Français ?

Je me suis peu intéressé au débat lui-même, je n’en ai eu que quelques bribes via les journaux et les quelques articles que j’ai décidé de lire. Je ne prétends donc pas avoir connaissance de tout ce qui a été dit. Le pire doit sans doute côtoyer le meilleur. Le pire : les relents xénophobes, les raccourcis racistes, les vœux d’un peuple pur qui fleurent bon une sorte d’eugénisme qui ne dit pas son nom. Le meilleur : ceux qui se posent sincèrement la question de ce que peut être l’identité nationale, dans une recherche du mieux vivre ensemble, quelques soient nos origines. Entre les deux : une nostalgie refoulée, l’idée que l’on se fait d’une France qui n’existe pas, qui n’existe plus, si jamais elle a jamais existé.

Je suis français, j’en suis heureux – il y a des endroits pires pour échoir sur cette planète – sans pour autant en faire une fierté personnelle. Je n’y suis pour rien. Si encore, cela avait résulté d’un choix. Mais ce n’est pas le cas. Mes nombreux voyages à l’étranger, aux États-Unis, en Europe, en Afrique, m’ont permis de voir le monde tel qu’il est : multiple, varié, bigarré. Et je dois avouer me sentir d’abord cet être humain habitant sur cette belle planète bleue avant de me sentir lié indéfectiblement à un drapeau. Je précise : j’aime la France, sa langue, ses paysages, son histoire, je m’y sens bien, je n’ai donc aucun problème de ce côté-là. Mais, pour résumer, je me sens d’abord un être humain. Et j’ai eu la chance de voir tant de beaux paysages, écouter de si belles langues, m’intéresser aux histoires de tous ces peuples, qu’en vérité, la France n’a aucune prééminence sur les autres contrées et que je n’ai aucune fierté particulière d’être Français.

Et puis, ce qui me gêne le plus dans cette histoire de débat, c’est finalement de vouloir enfermer les gens dans une case, de les mettre absolument à l’intérieur d’une frontière au sein de laquelle les choses seraient plus rassurantes. Enfermer les gens dans une boîte ! C’est le cas depuis la nuit de temps probablement : l’homme ne peut-il se définir que comme faisant partie d’une tribu ?

Que nous enseigne l’Évangile ? Jésus est allé avec les publicains et les prostitués. Avec les autres également. Mais avec eux aussi. Il a parlé à une femme seule, qui plus est Samaritaine (Jn 4, 1-43), à qui les Juifs n’avaient pas le droit de parler. Il lui a d’ailleurs délivré un des plus beaux enseignements de l’Évangile. Jésus n’a cessé de casser les barrières : sociales, physiques, étatiques, etc.

Catholique veut dire « universel ». Cela veut dire : ouvert aux autres, à l’étranger, au dissemblable. Et ce débat sur l’identité nationale m’apparait alors comme terriblement réducteur de la destinée des hommes.