09_N2010-013J45-0083Comme après chaque catastrophe majeure — et celle qui a frappé Haïti ne fait pas exception —, on voit resurgir un questionnement assez classique, prononcé parfois sur un mode agressif envers les croyants : « comment le Dieu auquel vous croyez peut-il laisser faire une chose pareille ? » Les questions se font parfois plus précises et interpellent plus directement les chrétiens : « Comment le Dieu tout puissant auquel vous croyez, dont vous affirmez qu’il est un Dieu d’Amour, peut-il affliger à ses créatures une telle souffrance ? » Un article de La Croix s’en est fait l’écho, intitulé : « Dieu a-t-il abandonné Haïti ? »

Je ne pense pas me tromper en disant que tout chrétien est ébranlé par ces événements, mais aussi par ces questionnements. Mais, ces questionnements servent aussi à étayer les fondements de notre foi et à savoir à quoi nous croyons.

Tout d’abord, il n’est plus question de croire aux dieux de l’antiquité, auxquels on apportait des sacrifices pour empêcher telle ou telle catastrophe, ou pour s’assurer tel ou tel soutien. C’est assez éloigné de l’enseignement de l’Église et du Nouveau Testament. Le fondement de notre foi en Jésus est et doit être à un autre niveau. Cependant, sans croire à tous ces dieux spécialisés chacun dans un domaine, nous croyons tout de même en un Dieu créateur, auquel nous faisons des demandes — Jésus lui-même a fait des demandes à son Père — et dont nous croyons qu’il pourrait faire et empêcher ce qu’il veut. Ce Dieu-là a déjà fait beaucoup, il pourrait faire plus : empêcher les trains de dérailler, les volcans de se réveiller, la terre de gronder. Tout ce qui peut nous faire souffrir et nous empêcher de nous repaître dans notre bonheur terrestre. Il pourrait aussi empêcher les gens de mourir avant, disons, 80 ans. Éviter qu’ils n’aient telle maladie handicapante avant 70 ans. Empêcher tout cancer ou leucémie sur les enfants. Je pourrais continuer longtemps cette liste de tout ce qui nous fait souffrir.

Mais empêcher la nature de se liguer contre nous ne suffirait pas. Il faudrait aussi — j’allais dire surtout — qu’il nous protège de nous-mêmes et de nos congénères. De ceux qui envoient des déluges de bombes sur des innocents. De ceux qui envoient des enfants se battre. De ceux qui déposent des mines. De moi, qui va chicaner mon voisin pour une haie mal taillée. Qui va crier à l’injustice parce que je gagne moins d’argent que mon collègue, qui pourtant en fait beaucoup moins que moi. Là aussi, la liste serait longue.

Mais ce Dieu, à qui nous devrions imposer de nous éviter tous ces fléaux, qui serait-Il alors ? En réalité, rien de moins qu’un marionnettiste, qui jouerait avec notre vie et dont il ferait ce qu’il voudrait. Notre liberté en serait rognée à tout jamais. En vérité, nous ne serions plus libres. Or, moi, je ne veux pas croire en un Dieu qui ne me laisserait pas libre de mes mouvements, de mes actes et de mes décisions. N’oublions pas que Jésus, en tant que vrai homme, a eu cette liberté. Le jeudi saint, la veille de son arrestation, au jardin des Oliviers, il a eu à user de cette liberté. Rappelons-nous ces moments où il a peur, où il sait que l’heure approche. Oui, Père, si vous pouvez éloigner tout cela de moi ! Jésus était libre de refuser de continuer son chemin. Mais il a choisi librement de continuer et de suivre l’appel du Père. Pour moi, c’est fondamental. Si je n’étais pas certain que Jésus était libre de tout laisser tomber, je ne serais pas certain de ma propre liberté. Et je ne croirais probablement plus.

Est-ce donc un Dieu qui nous priverait de notre liberté auquel voudrait croire tous ceux, et ils sont nombreux, qui nous interpellent avec notre Dieu tout-puissant et d’Amour qui laisse les hommes subir les fléaux de la nature ? Cela me fait penser à The Truman Show, ce film de Peter Weir, où le personnage principal est en réalité victime d’un jeu télévisé qui consiste à suivre tous les mouvements de sa vie, depuis sa naissance : il ne sait pas que sa vie est factice puisque tous ses proches sont des acteurs, que l’univers dans lequel il vit est confiné et limité, et qu’il est filmé en permanence. Un metteur en scène ordonnance le tout. Une sorte de Dieu tout puissant, capable de déclencher les tempêtes ou les rencontres. Jusqu’au jour où le personnage central veut user de sa liberté et tente de s’enfuir…

Dieu nous laisse entièrement libres. Ce qui implique que nous assumions nos responsabilités. Jésus, lui qui est venu accomplir et non pas abolir, n’a jamais dit autre chose. Assumer ses responsabilités ne peut absolument pas se concevoir avec un Dieu marionnettiste. C’est impossible. C’est soi l’un, soit l’autre.

Ainsi, à ceux qui me reprochent de croire en un Dieu d’Amour qui ne serait pas assez tout-puissant, je les renvoie à la toute-puissance de l’Amour et à la responsabilité des hommes. En Haïti, comme ailleurs, elle est grande, elle est même la première cause de toutes ces morts : égoïsme des pays riches, malversations financières, népotismes, malfaçons, etc. Avant de décrier Dieu, décrions les comportements humains qui sont les vrais responsables des malheurs qui nous accablent.