immigration-en-france-ce-qu-il-faut-savoir_article_popinLe ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Éric Besson, a annoncé que l’état français avait expulsé, en 2009, 29.000 étrangers en situation irrégulière. Ce résultat dépasse l’objectif assigné par le Président de la République, objectif de 27.000.

Ce chiffre ne parle pas beaucoup en réalité. Est-ce beaucoup ? Est-ce peu ? Est-ce utile ? Je ne conteste pas a priori une politique qui se veut réaliste et pragmatique. Et comme l’a dit jadis un éminent ministre socialiste, Michel Rocard, la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. Mais il est intéressant de regarder la réalité de chiffres.

Selon l’INSEE, en 2008, l’accroissement naturel entre les naissances et les décès était 290 500 personnes. D’autre part, toujours en 2008 et selon l’INSEE, le solde migratoire est estimé à 76.000 personnes. Par contre, le ministère de l’Immigration parle de 175.000 personnes entrées de manière régulière. Ainsi, ces 29.000 personnes expulsées représentent 10 % de l’accroissement naturel en France et environ 15 % des personnes entrées sur notre territoire. C’est finalement assez peu en proportion. Y a-t-il péril en la demeure ? Quels ont été les critères pour édicter cet objectif ? Il me semble donc que ces chiffres, à l’instar de ceux maniés par le ministère de l’Intérieur, servent surtout à communiquer, à mieux communiquer dirai-je.

Évidemment, ce qui est gênant, c’est le peu de cas des hommes, des femmes et des enfants, de leur vie, de leur réalité que l’on fait lorsque l’on manie ces chiffres comme un élève ramène son bulletin scolaire à ses parents. Il y eut le cas des Afghans expulsés. Il y a aujourd’hui le cas d’Haïti. Le ministre a donné l’ordre de suspendre les expulsions des Haïtiens vers leur pays en plein chaos, puis de faciliter l’obtention de visa pour ceux qui voudraient venir. Merci pour eux. Mais je serai curieux de savoir combien d’Haïtiens ont été renvoyés ces derniers temps dans leur pays.

Michel Rocard ajoutait : « Mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ».

Je me sens mal à l’aise quant à ces chiffres maniés comme des trophées, à ces débats en trompe-l’œil sur la fameuse identité nationale, à cette auto-satisfaction à faire du « chiffre ». Je sais : tous les migrants de la terre ne peuvent venir chez nous. En ont-ils tous envie ? Je sais : en renvoyer un nombre significatif permet d’envoyer un signal et, probablement, limiter quelque peu le flux migratoire. Mais tant que les déséquilibres du monde seront ce qu’ils sont, tant que les politiques de fausse coopération seront de mise, on ne pourra jamais empêcher un pauvre,  un démuni, dont les perspectives d’avenir dans son pays sont nulles, de vouloir trouver un eldorado ailleurs.

Dans les désordres du monde actuel, la solidarité, comme le rappelle régulièrement l’église de France et le Vatican, est une exigence forte.