Ainsi donc, Benoit XVI a décidé d’ouvrir le procès en béatification de 2 de ces prédécesseurs, le controversé Pie XII et le charismatique Jean-Paul II. Si la béatification de ce dernier ne fait plus de doute et ne fait pas débat, celle de Pie XII, évidemment, pose questions.

On évitera évidemment les amalgames, les raccourcis et les anathèmes sur une présupposée connivence avec le régime nazi. Je crois que les historiens sérieux réfutent ces faits et, probablement, l’ouverture des archives secrètes du Vatican permettra de faire la lumière. Pie XII n’a pas été le complice des nazis, il n’a pas contribué à protéger ce régime et ne peut donc être accusé de connivence. Plusieurs personnalités juives, et non des moindres (par exemple, David Dalin ou Serge Klarsfeld), ont pris sa défense, certaines allant même jusqu’à dire que des Juifs avaient été sauvés grâce à son action.

Il est facile d’accuser aujourd’hui les acteurs de cette époque de ne pas avoir été des héros. Le serions-nous ? J’admets qu’il y a des silences coupables et j’eus aimé pouvoir constater que Pie XII ait fait preuve d’une voix plus forte, ait pris position au plus fort des événements, comme celle de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, qui fit lire dans toutes les églises du diocèse, un communiqué disant que la déportation des juifs était une honte. Et il est vrai que, comme d’autres, je me demande quelles sont les motivations de Benoit XVI pour béatifier Pie XII. Est-ce basé sur des motifs théologiques ? J’aimerais alors connaître les vertus de Pie XII qui lui valent d’être béatifié. Est-ce basé sur des motifs plus politiques : montrer au monde que l’Église est la seule juge pour décider qui doit être béatifié ou non, même (et surtout) si le futur bienheureux ne fait pas consensus. Je suis alors plus sceptique.

Jean-Paul II, lui, fait consensus. Certes, les anticléricaux et anti-vaticans le considèrent comme rétrograde, comme tout Pape qui ne légiférera pas le préservatif d’ailleurs. Mais au sein de l’Église, je pense que la béatification de Jean-Paul II, sauf chez les Lefrevistes, ne soulèvera pas de contestation. Je suis malgré tout gêné. Pourquoi aller si vite ? Jean-Paul II est décédé en 2005. Quelle est l’urgence de lancer la procédure si vite ? Il paraît même que c’est une procédure d’exception. J’ai le sentiment que l’Église veut rattraper le monde, sa façon d’aller vite, toujours plus vite. Hors ce que j’aime dans l’Église, c’est justement qu’elle est « hors du temps », qu’elle ne se soumet au diktat moderne de rapidité, de zapping (rappelons-nous quand des voix demandaient la démission de Jean-Paul II, sous divers prétextes, dont celui de la maladie et de la vieillesse). Là aussi, comme pour Pie XII, j’ai le sentiment que l’aspect politique prévaut sur l’aspect théologique.

Et tant que Benoit XVI n’expliquera pas clairement ses motivations, ou plutôt ses raisons, ce sentiment prévaudra.