Entrée du camp de Birkenau (Juillet 1990)

Le quotidien Le Figaro de ce jour fait un dossier très intéressant sur le devenir d’Auschwitz. Cette petite ville de Silésie est tristement connue pour le plus sinistre des camps de concentration qu’elle a abrité. Il y avait en fait plusieurs camps, Auschwitz I et Auschwitz-Birkenau. Nous commémorons — je répugne à employer le verbe « fêter » — le 65e anniversaire de la libération du camp.

J’eus l’occasion de visiter Auschwitz en juillet 1990. J’ai rarement été autant bouleversé par une visite. Lieu d’horreur et de barbarie, de souffrance et de mort. De lâcheté aussi, j’y reviens plus loin. Pénétrer dans une enceinte où plus d’un million de personnes est mort ne peut évidemment laisser indifférent. Les bâtiments encore debout, ceux qui sont effondrés, les objets, les sinistres salles, tout est témoignage de cette nuit et de ce brouillard dans lesquels l’humanité s’est plongée.

C’est un témoignage inestimable. Et témoigner de la barbarie humaine reste une priorité et je gage même que cela deviendra de plus en plus pressant dans les années à venir. Quand les témoins, ceux qui sont revenus de cette horreur, ne seront plus là. Quand leur parole se sera tue. Parce qu’il y aura toujours des négationnistes et des révisionnistes. Maintenir Auschwitz, le rénover, permettre aux générations futures de visiter ce site me paraît être une oeuvre de salubrité publique.

Il est d’ailleurs un point qui mérite d’être relevé et qui m’avait surpris lors de ma visite. Les nazis, comprenant que l’avancée russe allait être inéluctable, ont commencé, en plusieurs endroits et notamment à Auschwitz-Birkenau, à détruire les fours crématoires. J’ai appris que dans des camps de moindre importance — tout est relatif, bien sûr — ils avaient réussi à presque tout détruire, ne laissant que quelques amas de ruines. Et c’est justement parce qu’ils voulaient effacer toute trace qu’il est important de les maintenir.

Four crématoire détruit, camp de Birkenau (juillet 1990)

Cette volonté des chefs nazis d’effacer ces traces me pose question. Pourquoi ? On efface ou on cherche à effacer ce dont on a honte. Ou ce qu’on sait être répréhensible ! Voilà donc des nazis qui ont théorisé la Shoah, qui ont planifié ces millions de morts — pas tous juifs, certes, mais en très grande majorité — et qui, subitement, prennent peur et se disent qu’ils seraient mieux de tout gommer. Réminiscence d’un sens moral depuis longtemps enfui ? Pensaient-ils que ce qu’ils avaient fait dépassait l’horreur et qu’on ne devait pas savoir ? Ou n’était-ce que la peur des Soviétiques et d’éventuelles représailles ?

Ce 65e anniversaire doit donc nous permettre de remettre en perspective ces heures sombres de l’humanité. Et au-delà du « plus jamais ça », savoir quelle est la place de l’homme. Et comme le pape vient de le déclarer aujourd’hui, ces événements nous incitent au « respect toujours plus résolu de la dignité de toute personne, afin que tous les hommes se perçoivent comme une seule grande famille ».

« Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des Juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un avertissement. Auschwitz – Birkenau 19401945 ».