2 semaines après le début de la polémique, il semble que tout le monde se soit un peu calmé. Le spectacle donné a été révélateur des mœurs et coutumes de la société actuelle.

D’abord l’homme et le livre. Je dois préciser que je n’ai pas lu le livre dans son entier mais seulement les passages de l’épisode incriminé dont le journal Le Monde a diffusé le texte dans son intégralité (malheureusement, l’article n’est accessible qu’aux abonnés du journal). Ce récit d’une soirée ou d’une nuit passée avec un « garçon » – dont d’ailleurs rien dans le texte, n’indique qu’il était mineur, laisse un arrière-goût un peu saumâtre. Je ne jugerais pas l’acte : il regarde, en conscience, celui qui le commet et c’est à lui seul de dire où se situe sa dignité. Car c’est bien de dignité dont on parle : celle du garçon thaïlandais et celle du touriste. Par contre, ce qui m’a mis le plus mal à l’aise, c’est la sorte de complaisance avec laquelle l’auteur de mots – et des faits, il n’y a pas de doutes là-dessus – écrit. Certes, tous les écrivains font de même, maniant à dessein et habilement la frontière entre le bien et le mal. Frédéric Mitterrand est-il un grand écrivain ? Les années jugeront. On peut ajouter qu’il n’est pas complaisant avec lui-même, le titre du livre est d’ailleurs là pour le dire, même si la complaisance que j’évoquais ci-avant laisse penser que l’homme n’a peut-être pas parlé en vérité.

En quoi cet épisode est-il révélateur, selon moi, des mœurs de l’époque ? D’abord, une confusion des genres et une absence de repères de plus en plus caractérisée : qu’est-ce qui est « bien », « mal », qu’est-il permis de faire ? En quoi, finalement, la relation payante avec un garçon, fût-elle faite au détours d’un séjour touristique, est-elle « mal » ? Alors que les premières accusations évoquaient un acte pédophile, ce que tout le monde aurait réprouvé, les défenseurs de F. Mitterrand ont mis en avant le caractère adulte de la relation. Tout était donc sauf, entre adultes on fait ce que l’on veut, F. Mitterrand a même ajouté que les adultes étaient consentants. Reste à savoir ce que le consentement veut dire lorsque vous êtes miséreux et que votre condition vous porte vers la prostitution. Bref, peu ou plus de repères, des jugements à l’emporte-pièce et hâtifs, voilà bien quelques symptômes de l’époque.

Autre point dont, indirectement, a pâti F. Mitterrand. Le président a lui-même pourfendu les voyous, les voleurs, les casseurs. Il s’est voulu le garant d’un ordre moral nouveau, fustigeant les relents de Mai 68. C’est aussi cela que les gens ont mis en exergue : un voleur de bicyclette, de surcroit au teint basané, aurait-il droit à moins d’égard qu’un ministre ou qu’un cinéaste flirtant avec ce qu’on appelait autrefois les bonnes mœurs ? Cela concoure aussi au relativisme ambiant, générant par la même une certain frustration.

Il est étonnant, au final peut-être heureux, que l’Eglise catholique n’ait pas réagi. Le devait-elle ? Certes non pour dénoncer à la vindicte un homme. Par contre, elle serait bien placée pour dénoncer cette façon récurrente et a-morale de faire de la politique.