Le déchaînement médiatique qui vient d’avoir lieu lors de la visite du Pape Benoît XVI en Afrique est assez éloquent sur la façon dont les journalistes et les hommes politiques traitent et maltraitent l’information. Car de quoi s’agit-il sinon d’un lynchage en règle contre Benoît XVI, et par la même contre toute l’Eglise Catholique, responsable soudainement de tous les maux de la planète ?

Certes, la levée de l’excommunication des quatre évêques excommuniés par Jean-Paul II a été entachée de quelques erreurs de communication, qui sont venues s’ajouter à une incompréhension légitime de la dite levée.

Avant que de traiter de la polémique elle-même, revenons un instant sur cette cabale médiatique, parfaitement orchestrée, dont il semble que tout le monde se soit mis à l’unisson. Qu’ils étaient beaux à rivaliser d’indignation outrée, à pousser des cris d’orfraie et à se bousculer au portillon médiatique. La pondération n’était pas de mise et je crois qu’on a à peu près tout entendu : crime contre l’humanité, assasinat prémédité, etc. Les hommes politiques demandaient sa démission, les autres devisaient doctement et nous expliquaient que, décidément, ce pape ne comprenait rien à rien. Certains n’ont pas hésité à rappeler la jeunesse de l’homme, voulant sans doute prouver que tout cela devait arriver inéluctablement compte tenu du passé du personnage. On pourrait rappeler le nom de tous ceux qui se sont ridiculisés ainsi, franchissant d’autant plus facilement le rubicon de la bêtise et de la malhonnêté qu’ils entendaient déjà la clameur de ceux qui les applaudissaient à tant de bravoure.

D’abord la phrase « maudite », à propos de ce fléau qu’est le SIDA. Un article de La Croix précise exactement les propos tenus, et les propos corrigés ensuite par le Vatican. Il est bon de rappeler que ce procédé est couramment utilisé par tous les hommes politiques et que c’est un procédé rédactionnel largement répandu.

Donc, le Pape pense que la distribution de préservatifs n’est pas la solution au problème du SIDA. On peut même comprendre, et je pense que c’est plus juste ainsi, que ce n’est pas la solution unique à l’épidémie. Suit ensuite une phrase qui a sans doute mis le feu au poudre :  » Au contraire, ils augmentent le problème », corrigée ensuite par « ils risque d’augmenter le problème ».

Que l’Eglise Catholique, que le Pape, dise que la fidélité et la continence sont des vertus premières pour le bien-être de l’Homme et par la même pour endiguer le fléau du SIDA n’est pas une nouveauté : Jean-Paul II n’a eu de cesse de le dire et de le répéter. Jésus-Christ a-t-il dit autre chose ? Personne n’est obligé d’être fidèle mais sans doute cela gêne-t-il d’affirmer ce principe moral.

« Ils augmentent le problème », ou « ils risquent de l’augmenter » : peu importe finalement la formulation. Oui, cette phrase est choquante car elle heurte de plein fouet la sensibilité actuelle. Non seulement le préservatif est contesté – et donc le mode de vie qu’il permet – mais il est accusé par Benoît XVI d’augmenter l’épidémie. Est-ce un crime que de dire cela ? J’ai en mémoire un article récent du journal Le Monde, paru en 2008, qui expliquait que l’épidémie du SIDA gagnait à nouveau du terrain dans les milieux homosexuels parisiens. L’explication était donnée : la meilleure efficacité des tri-thérapies ainsi que les contraintes d’utilisation du préservatif ont incité au relâchement et à une moindre prévention. Peut-on raisonnablement présumer que la distribution de préservatif a été massive dans les milieux homosexuels ? Si oui, n’est-il pas malheureusement évident que cette distribution n’a rien résolu ?

Voilà pour les principes généraux : l’Eglise affirmera toujours certaines valeurs. Personne n’est obligé de s’y soumettre, l’adhésion au message évangélique et à celui de l’Eglise est un acte libre. Il y a ensuite l’attitude de l’homme et de la femme face à sa conscience. Que dit l’Eglise, que disent tous les prêtres ? Que si vous êtes atteint du virus, que si la continence est impossible à tenir, il est alors de votre devoir de protéger les autres.

Finalement, cette polémique aura eu une vertu : montrer à quel point on peut déformer les propos tenus dans un sens ou dans un autre.

Il est par ailleurs dommage qu’on ait si peu parlé du voyage lui-même, de l’appel du Pape à la responsibilisation des Occidentaux vis-à-vis du continent africain. Mais n’était-ce pas là les vrais propos dérangeants du Pape vis-à-vis de notre attitude occidentale ?